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Cinéma

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Mange tes morts - Tu ne diras point

(France – 2014 – 1h34)

Réalisation : Hue Jean-Charles – Scénario : Jean-Charles Hue, Salvatore Lista – Directeur Photo : Jonathan Riquebourg – Son : Antoine Bailly – Montage : Isabelle Proust – Musique : Vincent-Marie Bouvot – Producteur : Thierry Lounas – Compagnie de production et distributeur : Capricci Films
Interprétation : Frédéric Dorkel (Fred) – Jason François (Jason) – Mickaël Dauber (Mickaël) – Moïse Dorkel (Moïse) – Christian Milia-Darmezin (Boniface)
Auteur :

Jean-Charles Hue est un réalisateur, plasticien et vidéaste français né en 1968. Depuis une dizaine d’années, il filme la communauté des Yéniches, d’abord dans des documentaires, puis avec une première fiction, La BM du seigneur qui date de 2011, et où l’on trouvait déjà l’acteur principal de Mange tes morts, Frédéric Dorkel. Mange tes morts reprend les mêmes ingrédients : des acteurs non professionnels, tous issus de la communauté yéniche, qui jouent une histoire fictive mais qui aurait très bien pu leur arriver.

Résumé :

Jason Dorkel (18 ans) appartient à la communauté yéniche, des gens du voyage. Il s’apprête à célébrer son baptême chrétien alors que son demi-frère Fred revient après plusieurs années de prison. Ensemble, accompagnés de leur dernier frère, Mickael, un garçon impulsif et violent, et de Moïse, un cousin rangé, les Dorkel partent en virée dans le monde des « gadjos » à la recherche d’une cargaison de cuivre.

Analyse :



Un titre bien peu chrétien pour ce film et pourtant le film parle du bien et du mal et se termine par un baptême. « Mange tes morts » est la pire injure pour les Yéniches, une communauté semi-nomade, surtout présente en Allemagne et en Suisse.

Le film se déroule sur une journée et une nuit. Fred, un malabar de plus de 150 kg, rejoint sa famille après avoir passé 15 ans de sa vie en prison pour un vol de voiture qui a mal tourné. Il est mal reçu par les anciens car il représente le mal face au bien. Dans la communauté, on doit choisir : on devient chouraveur, c’est à dire voleur, ou chrétien. Justement Jason, le jeune demi-frère de Fred, doit recevoir son baptême le lendemain. Mais avant ce choix définitif, il se laisse entrainer dans une virée nocturne avec Fred, leur frère Mickaël, et Moïse, un cousin rangé avec femme et enfant, qui les accompagne, moitié pour protéger Jason et moitié par plaisir.

Le film, dont la plus grande partie se déroule de nuit, nous embarque alors dans le bolide de Fred, dans une succession d’épisodes mélangeant rodéos de voitures, bars de nuit et tentative de vol d’un camion de ferrailles. Cela tient du western, où la monture serait une BMW et où les grands déserts seraient remplacés par les friches industrielles de banlieue, et du thriller, mais un thriller tragi-comique, où l’on rit ou sourit souvent, et dans lequel les quatre branquignols accumulent les gaffes, hélas parfois tragiques.

Les acteurs qui interprètent leurs propres personnages (ils gardent leurs prénoms), dans un français qui rend bien utiles les sous-titres, ont une présence à l’écran extraordinaire.

Choix entre le bien et le mal, tragique du destin qui peut faire basculer un homme du mauvais côté, fidélité et sacrifice, ce film prenant, entre fiction et documentaire, évoque de grands thèmes humains dans l’environnement très particulier de cette communauté yéniche.

Jacques Champeaux