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Cinéma

Cette rubrique est présentée par Pro-Fil

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Médecin de campagne

(France – 2016 – 1h42)

Réalisation : Lilti Thomas – Scénario : Thomas Lilti et Baya Kasmi – Photographie : Nicolas Gaurin – Montage : Christel Dewynter – Ingénieur du son : François Guillaume – Production : 31 Films , Les films du Parc – Distribution France : Le Pacte
Interprétation : François Cluzet – Marianne Denicourt – Isabelle Sadoyan – Christophe Odent – Patrick Descamps – Félix Moati
Auteur :

Thomas Lilti est né en 1976. Son parcours est atypique puisqu'il a pratiqué son métier de médecin généraliste jusqu’à très récemment, en parallèle à ses activités de réalisateur et de scénariste. Très tôt tenté par le cinéma il entreprend tout de même des études de médecine, durant lesquelles il réalise trois courts métrages qui le feront remarquer. Il réalise son premier long métrage, Les Yeux bandés, en 2007. Mais c’est Hippocrate (2014) qui assurera sa notoriété. La médecine est son thème préférentiel, dans ses aspects variés.

Résumé :

Tous les habitants, dans ce coin de campagne, peuvent compter sur Jean-Pierre, le médecin qui les ausculte, les soigne et les rassure jour et nuit, 7 jours sur 7. Malade à son tour, Jean-Pierre voit débarquer Nathalie, médecin depuis peu, venue de l’hôpital pour le seconder. Mais parviendra-t-elle à s’adapter à cette nouvelle vie et à remplacer celui qui se croyait… irremplaçable ?

Analyse :



C’est l’histoire d’une addiction, celle d’un homme à ce qui a fait sa vie professionnelle et lui a donné la conviction qu’il est irremplaçable. Jean-Pierre se donne de fausses raisons pour penser que la remplaçante qui arrive ne sera pas à la hauteur : les jeunes médecins n’ont pas la formation qui convient - être médecin de campagne cela s’apprend sur le tas… Ce métier, dont on nous montre la dureté, est devenu pour lui comme une drogue qui l’a coupé de sa famille (sa femme a préféré partir en ville). L’introduction du film montre bien cette surcharge de tâches, cette absence d’horaires, ces déplacements multiples dans des lieux peu hospitaliers, ces demandes des patients sans réel rapport avec la médecine, la salle d’attente surchargée, les conditions d’exercice vieillottes…

Ce métier c’est aussi ce par quoi Jean-Pierre se valorise à travers des rapports humains riches et variés, dans la continuité et la confiance. Et il est convaincu que la « nouvelle » médecine n’est pas adaptée à ces rapports humains ou plutôt qu’elle n’en tient pas compte, s’intéressant aux organes et pas aux personnes. L’arrivée de cette jeune remplaçante va lui permettre de formuler tous ces points de vue.

Ce thème de l’opposition entre médecine de campagne et médecine hospitalière va être sans cesse exploité dans le scénario : refus de l’hospitalisation d’un malade très âgé, mais contredit par une décision de la remplaçante - écoute patiente contre questionnement intrusif… Le scénario introduit des artifices permettant d’atténuer cette opposition. Ainsi l’obligation pour le médecin lui-même d’aller consulter dans des structures médicales avec des techniques d’investigation ultra modernes. Ce qui lui permettra de guérir… Et le passé d’infirmière de la remplaçante qui lui donne des compétences dans des gestes de soin de base. Enfin la démonstration que l’éloignement rend l’accès aux urgences bien difficile.

Le contraste est un peu forcé entre ce médecin âgé et bougon, et cette jeune femme rayonnante qui, bien sûr, va changer au contact de son aîné et de son expérience.

Le plus réussi dans ce film est la description qui est donnée du monde rural, à travers son travail, son habitat, ses relations humaines, ses rivalités entre chasseurs et non chasseurs, le rôle des élus pour maintenir la vie, et ses fêtes. Médecin de campagne est un bon film grand public qui permet de réfléchir sur les risques de disparition de cet exercice de la profession et de s’interroger sur ses conséquences.

Maguy Chailley