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Cinéma

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(France – 2016 – 1h23)

Réalisation : Ruffin François – Scénario : François Ruffin – Montage : Cécile Dubois – Production : Mille et une production, Fakir – Distributeur France : Jour2fête
Interprétation :
Auteur :

Acteur, réalisateur, scénariste et surtout journaliste, François Ruffin, 41 ans, est le fondateur d’un journal, Fakir, dans l’esprit du Canard enchaîné. Tout en continuant à diriger son journal, il participe comme reporter à plusieurs émissions radio de Là-bas si j’y suis, diffusée sur France-Inter par le célèbre journaliste de gauche très engagé, Daniel Mermet. Il écrit de nombreux articles et des ouvrages publiés aux éditions Fakir sur des sujets de politique et de société, très marqués à gauche.

Résumé :

Documentaire. Jocelyne et Serge Klur sont un couple d’ouvriers qui travaillait depuis des années dans l’usine Ecce qui fabriquait des costumes Kenzo pour le groupe LVMH, à Poix-du-Nord, non loin de Valenciennes. Le patron du groupe, Bernard Arnaud, a décidé de délocaliser l’usine en Pologne pour une main-d’œuvre moins chère, mettant au chômage des centaines de salariés qui, vivant dans une région sinistrée, n’ont pas retrouvé de travail (À la même époque Bernard Arnaud avait demandé la nationalité belge). Pour le couple c’est la descente aux enfers. Riches de 400 € par mois pour vivre, ils se retrouvent, à la suite d’un accident, à la tête d’une dette de près de 40 000 € avec la menace de voir vendre leur maison et de se retrouver à la rue avec leur fils qui vit sous leur toit. François Ruffin décide de les aider et de faire payer Bernard Arnaud.

Analyse :



À entendre les applaudissements et les commentaires à la fin du film, à voir les mines réjouies et radieuses des spectateurs, on se dit que François Ruffin a fait mouche. Il faut reconnaître que les Français adorent la victoire de David contre Goliath et se révoltent volontiers contre l’injustice en fustigeant les puissants quand ils écrasent les faibles et les démunis. Goscinny et Uderzo ont fait fortune en exploitant cette fibre. Le film, de ce point de vue, est particulièrement jouissif. Avec un aplomb et une audace époustouflante qui va jusqu’à mettre en péril les personnes qu’il veut protéger, François Ruffin monte une véritable « arnaque » contre Arnaud pour l’obliger à payer la dette de ces ouvriers et faire en sorte qu’ils gardent leur maison. Arnaque n’est sans doute pas le terme exact car il ne s’agit pas d’extorquer des fonds mais d’obtenir une réparation minime de tous les malheurs provoqués par cette course effrénée au profit qui broie les êtres humains sans état d’âme. Ruffin va en avoir pour ceux qui en sont responsables. Avec une ironie cinglante qui consiste à se promener dans un petit car sur lequel on peut lire « J’aime Bernard » et des tee-shirts avec le même slogan, il prétend « réconcilier » Bernard Arnaud avec ses salariés. Il va dans les assemblées générales du groupe pour poser des questions et d’où il se fait jeter manu militari, menace de perturber des manifestations du monde du luxe et de la mode, pour obtenir la revanche de ses protégés. Le groupe craignant pour son image s’en émeut et envoie auprès des époux Klur un ancien des renseignements généraux qui fait partie du service de sécurité du groupe. Ruffin organise alors un vrai traquenard plein de suspense, dans lequel il va jusqu’à se déguiser en se faisant passer pour le fils des Klur. C’est une vraie tragi-comédie. On rit mais on est presque incrédules devant un discours que n’aurait pas dénié Audiard de cet envoyé spécial, qui demande surtout un secret absolu, et particulièrement à l’égard de Fakir, alors que Ruffin en personne est là, que la maison est truffée de micros et de caméras ! Si on nous avait montré cela comme une fiction on aurait crié au mauvais film peu crédible.

Nous ne dévoilerons pas la fin de ce documentaire pour laisser en apprécier tout le sel aux spectateurs. Toutefois dans le contexte morose actuel de notre pays : chiffres du chômage en hausse qui menacent lourdement de précarisation les chômeurs en fin de droit, course vers toujours plus de profit et de rentabilité au détriment de la valeur du travail, ce film fait du bien et se savoure comme une revanche personnelle.

Marie-Jeanne Campana