Logo de protestants.org
Cinéma

Cette rubrique est présentée par Pro-Fil

logo   

Mère et fils (Pozitia copilului)

(Roumanie – 2013 – 1h52)

Réalisation : Calin Peter Netzer – Scénario : Razvan Radulescu, Calin Peter Netzer – Directeur photographie : Andrei Butica – Son : Christian Tarnovetchi – Montage : Dana Lucretia Bunescu – Production : Parada Films – Distributeur France : Sophie Dulac Distribution
Interprétation : : Luminita Gheorghiu (Cornelia) – Bogdan Dumitrache (Barbu) – Ilinca Goia (Carmen) – Natasa Raab (Olga Cerchez) – Florin Zamfirescu ((Domnul Faragasanu) – Vlad Ivanov (Dinu Laurentiu)
Auteur :

Moins connu que ses compatriotes Cristian Mungiu ou Cristi Puiu, Calin Peter Netzer fait partie de cette nouvelle vague roumaine des années 2000 qui peint de manière corrosive la société actuelle de leur pays en mêlant réalisme et humour noir. Calin Peter Netzer est né en 1975. Avant Mère et Fils, qui a été récompensé par l’Ours d’Or à Berlin en 2013, il avait réalisé deux longs métrages, Maria, en 2003, primé à Locarno, et Médaille d’honneur en 2009.

Résumé :

Cornelia, 60 ans, mène une vie privilégiée à Bucarest, entourée de ses amis riches et puissants, mais les relations tendues qu’elle entretient avec son fils Barbu la tourmentent. Celui-ci repousse autant qu’il peut la présence d’une mère trop possessive. Quand Cornelia apprend qu’il est impliqué dans un accident de voiture qui a coûté la vie à un enfant, elle va utiliser toute son influence pour le sortir de cette situation où il risque une sévère peine de prison. Tous les moyens sont bons pour Cornelia, y compris la corruption et le faux témoignage, mais Barbu semble peu sensible à ces manifestations discutables de l’amour maternel.

Analyse :



De quoi parle ce film ? D’une mère sexagénaire de la bourgeoisie roumaine, qui n’arrive pas à laisser son fils prendre sa liberté. Exagérément, pathologiquement possessive, elle veut tout contrôler et n’accepte pas qu’il puisse avoir, à trente ans, une compagne et une vie à lui. Elle profite de l’accident dans lequel son fils tue un enfant en roulant trop vite, pour reprendre la main et user de ses relations pour étouffer l’affaire. Le film est le récit de la relation maladive d’une mère avec son fils sur fond de corruption et d’inégalité de classe dans la Roumanie d’aujourd’hui. Il montre les diverses manœuvres que Cornelia entreprend, sans aucun scrupule et sans aucune pensée pour la victime, pour le faire échapper à la justice.

Le film est une critique acerbe de la Roumanie d’aujourd’hui et Cornelia, dans son égarement, peut être vue comme une représentation symbolique d’une société malade où tout semble pouvoir s’acheter, du faux témoignage au bulletin de santé maquillé.

Ce portrait étouffant à la fois d’une femme et d’une société est servi par une caméra usant, abusant parfois il faut le dire, des gros plans, des plans séquences et des mouvements rapides. C’est moins maitrisé que chez un Cristian Mungiu mais cela reste un cinéma très efficace. Deux scènes dramatiques plongent le spectateur dans la violence de cette relation mère - fils. Dans la première, on voit Barbu supplier sa mère d’attendre qu’il aille vers elle, sans chercher à le relancer sans cesse, et le menacer de ne plus la voir du tout si elle persiste. La dureté de leur confrontation est renforcée par la froideur du décor, le hall d’un immeuble moderne. Dans la seconde, dans la maison modeste de la victime, on voit Cornelia, face à la mère du garçon tué, pleurer, non sur la victime mais sur son fils à elle, l’auteur de l’homicide.

Ce film qui confirme la vitalité du cinéma roumain, nous dépeint une société pas très belle à voir mais surtout, et en cela le film a une portée plus universelle, nous exhibe un monstre de mère qui dévore son enfant et est insensible au reste du monde.

Jacques Champeaux