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Cinéma

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Mes séances de lutte

(France – 2013 – 1h39)

Réalisation : Jacques Doillon - scénario : Jacques Doillon – Image : Laurent Chalet, Laurent Fénart – Son : Ivan Dumas – Montage : Marie Da Costa - Production : Doillon et Cie – Distribution : KMBO/Vladimir Kokh
Interprétation : Sara Forestier (elle) – James Thierrée (lui) – Louise Szpindel (la sœur) – Mahault Mollaret (la copine) – Bill Leyshon (l’accordeur)
Auteur :

Jacques Doillon est un réalisateur français né en 1944 qui construit une œuvre très personnelle. Depuis 1973, il a réalisé près d’une trentaine de films, dont La drôlesse, La pirate, Le petit criminel, Ponette, et révélé de nombreux jeunes acteurs. Ses derniers films (Le premier venu, Le mariage à trois, Un enfant de toi), explorent les relations dans le couple. De longs plans séquences et des dialogues très construits caractérisent ses films.

Résumé :

Une jeune femme prétexte l’enterrement de son père pour retrouver un voisin plutôt charmant, et tenter de comprendre pourquoi elle a interrompu le rapport amoureux amorcé avec lui quelques mois plus tôt. Ils se retrouvent et rejouent la scène où sa dérobade a empêché leur histoire de commencer. Ils s’y essaient, se débattent, s’empoignent, tout en se rapprochant. Ils se frottent, se cognent l’un contre l’autre et s’amusent à dialoguer avec autant de fantaisie que de gravité, et à entrer dans une lutte de plus en plus physique. Ils vont finir par se lier l’un à l’autre au cours de séances quotidiennes qui ressemblent à un jeu. Par-delà leur joute verbale, cette confrontation devient une nécessité pour essayer de se trouver, un curieux rituel auquel ils ne peuvent échapper.

Analyse :



Curieux film que ce dernier opus de Jacques Doillon. Imaginez, si vous le pouvez, un mélange d’Eric Rohmer et de l’Empire des sens de Nagisa Oshima, un cocktail de joutes verbales aux dialogues ciselés et de corps à corps de plus en plus sensuels.

Le film se passe en été, dans la campagne normande. On connaît très peu de choses des personnages, même pas leurs prénoms. « Elle » est une écorchée vive, mal dans sa peau, ressassant sa haine pour un père qui ne l’a pas aimé et passant sa colère sur le reste de sa famille. « Lui » semble être un intellectuel à la campagne, autant artiste qu’artisan, dont le corps sportif et l’assurance de surface cachent une certaine fragilité. Ils se cherchent, ont du mal à se trouver, à avouer une certaine attirance l’un pour l’autre, et finissent par se lancer dans une curieuse thérapie à base de pugilat.

Métaphore de la lutte amoureuse ou défouloir pour canaliser la colère et exorciser la souffrance, « elle » se lance à corps perdu dans ces luttes, en redemande, quitte à se faire mal. La confrontation devient une nécessité, une sorte de rituel de rencontre, jusqu’à que la lutte purement physique se transforme en un corps à corps amoureux. La maison et le jardin deviennent terrains de combat. Les lutteurs exploitent toutes les ressources de la chambre, du salon, d’un placard, de l’escalier pour ouvrir de nouvelles possibilités de se toucher et de se faire mal. La caméra suit cette chorégraphie avec fluidité jusqu’à leur première scène d’amour, au fond d’un ruisseau boueux dans lequel les corps se vautrent et se confrontent dans un extraordinaire ballet.

Jacques Doillon continue son exploration du couple, comment il se fait et se défait, mais il renouvelle le genre dans ce film par l’originalité de l’histoire et l’audace de la mise en scène. Il est servi par deux acteurs remarquables : Sara Forestier se jette dans cette lutte avec une énergie peu commune, James Thierrée est remarquable de force et de douceur. Dans ce combat amoureux, dans tous les sens du terme, le spectateur est d’abord dérouté par ce mélange d’amour et de haine avant d’être séduit par l’acuité des dialogues et par le jeu des corps.

Jacques Champeaux