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Cinéma

Cette rubrique est présentée par Pro-Fil

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Mia Madre

(Italie-France – 2015 – 1h47min)

Réalisation : Moretti Nanni – Scénario : Nanni Moretti, Francesco Piccolo, Valla Santella – Directeur de la photographie : Amaldo Catinari – Montage : Clelio Benevento – Décors : Paola Bizzarri – Costumes : Valentina Taviani – Ingénieur du son : Alessandro Zanon – Distributeur France : Le Pacte
Interprétation : Margherita Buy (Margherita) – John Turturro (Barry) – Guilia Lazzarini (la mère) – Nanni Moretti (Giovanni) – Béatrice Mancini (Livia)
Auteur :

Né en 1953 Nanni Moretti, passionné de cinéma réalise ses premiers courts métrages en 1973. Premier long métrage, en 1976, Je suis un autarcique, puis Ecce bombo en 1978 présenté à Cannes. Sogni d’oro remporte le Grand prix du Jury à Venise en 1981. Suivent plusieurs longs métrages dans lesquels il est également acteur et producteur. Il parle abondamment de lui-même dans ses films, notamment avec Journal intime, prix de la mise en scène à Cannes en 1994, dans lequel il expose son combat contre le cancer. Quatre ans plus tard Aprile puis La chambre du fils, Palme d’or en 2001. En 2006, Caïman, une satire anti-Berlusconi, Puis Habemus Papam présenté à Cannes en 2011. Mia madre est présenté à Cannes en 2015.

Résumé :

Margherita est une réalisatrice en plein tournage d’un film sur une révolte d’ouvriers dont l’usine va fermer. Elle en pleine tourmente. L’acteur américain célèbre qui tient le rôle principal lui pose bien des problèmes. Elle doit en plus gérer ses problèmes personnels avec sa famille auxquels s’ajoutent surtout la maladie puis la mort de sa mère en plein tournage. Son frère, plus solide et sage quitte son travail pour s’occuper de leur mère.

Analyse :



Avec Mia Madre Moretti renoue avec l’intime familial, comme il l’avait fait magistralement dans le passé, notamment dans La chambre du fils. Il nous donne ici un film d’une grande profondeur humaine car il touche à une question tellement individuelle et universelle, la mort d’une mère, traitée sans pathos, avec infiniment de délicatesse, de sensibilité et de tendresse. Moretti choisit de nous en parler à travers la vie des deux enfants de la Mama, Giovanni, le fils ainé, d’une présence sage, réconfortante et irréprochable dont il s’attribue le rôle et Margherita, sa sœur, réalisatrice ; cette dernière vit la mort de sa mère en plein tournage d’un film, comme Moretti lui-même l’avait vécue durant le montage d’Habemus Papam.

Le film concentre tous les thèmes qui tissent la vie, chers au réalisateur : la vieillesse, la mort, le désenchantement au travail, les difficultés familiales dans le couple et avec les enfants, les conflits sociaux. Mais ces sujets sérieux ne rendent pas pour autant le film pesant car Moretti les traite avec beaucoup de distance : distance avec lui-même et son métier de cinéaste, quand il prête au personnage principal du film de sa sœur, Barry, interprété par John Turturro, des propos désabusés sur le rôle d’acteur et sur le cinéma, distance aussi lorsque sa sœur reproche à son cadreur de se tenir trop prêt de l’action et de montrer de trop près la violence, distance également dans les scènes de la maladie et de la mort qui créent l’émotion sans voyeurisme ou impudeur. Distance et interrogations sur le cinéma social engagé que pratique volontiers Moretti ; tout sonne faux en effet dans le film de sa sœur sur des ouvriers en lutte contre la fermeture de leur usine. Jusqu’au conseil fumeux prodigué par la réalisatrice à ses acteurs « sois à côté du personnage », et dont elle avouera elle-même ne pas le comprendre. Distance qui n’empêche pas l’émotion du deuil. La lassitude de l’existence et la fatigue générale des personnages (« Sono stanco », répété à satiété par chacun d’entre eux) nous montre la grande fragilité d’une cellule familiale à l’approche de la disparition de l’un d’entre eux. Fragilité qui est l’occasion d’une remise en cause de leur vie et d’un regard critique sur eux-mêmes.

Toutefois si ce film est attachant par ces aspects il reste que nous sommes devant un nombre de poncifs et de lieux communs trop importants. Le rôle de la réalisatrice, qui n’est pas contrairement à ses conseils à côté de son personnage, est parfaitement horripilant. Certes il correspond sans doute à l’image de ce que dans l’ensemble, les gens se font du réalisateur : personnage irascible, versatile mais autoritaire, hésitant, incertain mais très sur de lui, qui a toujours raison. Mais on se prend à espérer que ce n’est qu’une grossière caricature, que Nanni Moretti n’est pas ainsi sur un plateau de tournage. Sinon on ne rendrait que plus un fervent hommage aux acteurs. Quant au rôle de John Turturro, encensé par la critique, il ne nous a pas paru convainquant tant le trait est forcé, à la limite du grotesque.

Marie-Jeanne Campana