Logo de protestants.org
Cinéma

Cette rubrique est présentée par Pro-Fil

logo   

Michael Kohlhaas

(France – 2013 – 2h01) présenté à Cannes en 2013 dans la Compétition officielle.

Réalisation : Arnaud des Pallières – Photo : Jeanne Lapoirie - Musique Martin Wheeler - Production : Serge Lalou
Interprétation : Mads Mikkelsen – Mélusine Myance – Delphine Chuillot – Bruno Ganz
Auteur :

Arnaud des Pallières s’est fait surtout connaître par un long métrage en 2003, Adieu, où se mêlent plusieurs histoires autour des questions de la difficulté d’intégrer les étrangers. Avec comme interprètes Michael Lonsdale, Olivier Gourmet, Laurent Lucas, Aurore Clément. A signaler en 2009 Parc et Poussières d’Amérique en 2011.

Résumé :

Au XVIeme siècle dans les Cévennes, le marchand de chevaux Michael Kohlhaas est victime de l’injustice d’un seigneur qui retient deux de ses bêtes et les maltraite. L’homme réclame ses droits mais il est débouté. Sa femme plaide sa cause à la Cour et est assassinée. Michael lève alors une armée de paysans.

Analyse :



Ce fut une bien astucieuse idée de la part du réalisateur d'avoir fait émigrer la nouvelle d'Heinrich Von Kleist des forêts saxonnes vers les contreforts des Causses lozériens. Cette histoire paraît-il très connue en Allemagne prend du coup pour nous Français une valeur d'autant plus grande qu'elle nous situe très exactement en terre protestante aux premières heures de la Réforme. Ce chercheur exigeant de situations extrêmes a-t-il voulu faire ressentir l'adéquation des sévères paysages cévenols et des rigueurs bien connues du caractère huguenot ? Les images en tous cas rendent bien la dureté des roches, la poésie sombre des espaces. Les chevaux sont magnifiques et leurs cavaliers font corps avec eux. Mais c'est surtout le personnage de Michael qui occupe la scène, dont l'acteur Mikkelsen exalte la figure de granit. Mari fidèle, père exemplaire, intransigeant sur les questions de justice et de droits, il lit sa Bible. Et au son d'une cloche « catholique » il déclare que les juifs et les protestants ne s'agenouillent pas ! Le parpaillot idéal en quelque sorte. Mais sa forme de résistance à lui c'est lorsqu'on s'attaque à ses bêtes. Il lève alors une armée de brigands. Et ce sont, alors, des séquences où l'image et le son semblent ne faire qu'une seule pâte et parlent de la brutalité des combats d'une façon très originale à la limite de l'abstraction. Cette représentation plastique de la violence voulait-elle dans l'esprit du réalisateur faciliter à l'écran l'intervention de cet intrus qui, en pleine forêt, au milieu de ces soudards, va prêcher la paix et la réconciliation ? Le discours de ce personnage que ses auditeurs ébahis appelleront « le pasteur » ne changera pas les intentions belliqueuses de Michael qui, du reste, n'obtiendra pas du visiteur sa bénédiction.

Par rapport au récit de Von Kleist selon lequel c'est auprès de Luther que Michael tente d'obtenir son intercession, j'ose interpréter ce « débarquement » du « pasteur » comme l'intention de l'auteur de montrer qu'en ces temps de forte rupture historique que fut le début du XVIe siècle, a surgi aussi, dans le grand chambardement, cette autre rupture : une Parole neuve ! Michaël mourra de s'être révolté mais dans le respect de ses droits et... en paix avec sa conscience !

Jean Domon