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Cinéma

Cette rubrique est présentée par Pro-Fil

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Miele

(Italie – 2013 – 1h36)

Réalisation : Valeria Golino – Scénario et dialogues (d’après le roman de Mauro Covacich A nome tuo) : Valeria Golino, Francesca Marciano, Valioa Santella – Photo : Gergely Poharnok – Décors Paolo Bonfini – Montage Giogio Franchini – Son : Emanuele Cecere - Production : BUENA ONDA – Distribution : Les films des Tournelles
Interprétation : Jasmine Trinca (Miele) – Carlo Cecchi (Grimaldi) - Libero De Rienzo (Rocco) - Vinicio Marchioni (Stefano) – Iaia Forte (Clelia)
Auteur :

Valeria Golino est née en 1966 à Naples. Elle a participé à de très nombreux films en tant qu’actrice et a été récompensée à ce titre, à la Mostra de Venise, pour son rôle dans Storia d’amore (1986). Sa prestation dans Respiro (2002) a également été récompensée par 2 prix. Elle est aussi productrice. Miele est son premier long-métrage en tant que réalisatrice. Ce film a été présenté à Cannes en 2013 dans la section 'Un certain regard' et a obtenu une Mention Spéciale du jury œcuménique.

Résumé :

Irène vit seule dans une maison au bord de la mer près de Rome. Son père et son amant la croient étudiante. En réalité sous le nom de code de « Miele », elle aide clandestinement des personnes en phase terminale à mourir dignement. Un jour elle procure une de ces doses mortelles à un nouveau client mais découvre qu’il est en parfaite santé et veut mettre fin à ses jours. Elle va tout faire pour l’en empêcher.

Analyse :



Il convient de se référer au contexte italien et à sa législation concernant l’euthanasie pour analyser ce film. Une récente affaire a défrayé la chronique en Italie et a été mise en film par Marco Bellochio, en 2012 (La belle endormie). Le cas Eluana Englaro largement médiatisé avait divisé l’Italie en 2009. Le père de cette jeune femme dans le coma depuis 17 ans avait obtenu de la justice italienne l’autorisation d’interrompre l’alimentation forcée de sa fille. Un mois après le décès d’Eluana, le sénat italien a voté une loi interdisant aux malades de demander, dans un « testament biologique », que leurs médecins arrêtent leur alimentation et leur hydratation artificielles lorsqu’ils seront en fin de vie. A fortiori tout acte destiné à hâter la mort tombe sous le coup de la loi.

En France la question de l’euthanasie est aussi à l’ordre du jour. Et le cinéma s’en est fait l’écho récemment avec Amour (Michael Haneke) et Quelques heures de printemps (Stéphane Brizé). Mais dans ces deux derniers films la mort qui s’approche et qui est désirée, concerne le mourant et ses proches. Dans Miele le personnage central est une tierce personne, celle qui va aider et ce dans l’anonymat. Quels effets ce travail peut-il avoir sur elle, provoquant quelles émotions et quelles réflexions ? L’intérêt du scénario est d’introduire une faille dans le dispositif jusque là bien réglé : ce monsieur Grimaldi qui, bien qu’en bonne santé, demande à y rentrer. Irène refuse d’être l’instrument d’un suicide assisté mais ce refus va l’amener à reconsidérer aussi l’aide à mourir qu’elle procure aux autres.

Le film n’est donc pas tant centré sur le thème de l’euthanasie que sur ses effets sur la personne anonyme qui apporte son aide. Irène, alias Miele, a une vie complètement clivée et cela nous est signifié par toutes sortes d’images visuelles et sonores: Miele devant des surfaces vitrées dans lesquelles se reflète la vie des autres ou à travers lesquelles on la voit ; Miele plongeant dans la mer glacée et nageant sous l’eau, comme pour se laver ; Miele toujours en errance ; contrastes sonores appuyés entre le silence des situations d’aide à mourir et la vie quotidienne d’Irène, surinvestie par le bruit et la musique. L’évolution du personnage principal ira de pair avec celle de Grimaldi, l’homme dont elle veut empêcher le suicide.

Même si certaines situations paraissent irréalistes, ce film peut apporter sa contribution à la réflexion sur l’aide à mourir, en rappelant que cet acte engage non seulement le malade et ses proches mais aussi ceux qui les aident.

Maguy Chailley