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Cinéma

Cette rubrique est présentée par Pro-Fil

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Moonlight

(Etats Unis, 2017, 110 minutes)

Réalisation : Barry Jenkins - Scénario : Barry Jenkins d’après l’œuvre de Tarell Alvin McCraney - Photographie : James Laxton - Montage : Nat Sanders - Musique : Nicholas Britell - Distribution France : Mars films
Interprétation : Alex Hibbert (Little), Ashton Sanders (Chiron), Trevante Rhodes (Black), Mahershala Ali (Juan), Naomie Harris (la mère)
Auteur :

Barry Jenkins est né à Miami en 1979. Après une enfance difficile, il fait des études de cinéma à la Florida State University. Le premier film qui le fait connaître est : Medecine for Melancholy. Moonlight a obtenu de nombreux prix aux USA et en Grande-Bretagne. Il a reçu huit nominations pour les Oscars 2017.

Résumé :

Un enfant noir, issu des quartiers populaires de Miami et élevé par une mère accro au crack et prostituée occasionnelle, va faire le difficile apprentissage de la vie avec le soutien d’un père de substitution. 

Analyse :



A partir d’un scénario qui pourrait tomber dans le misérabilisme, Barry Jenkins construit une fresque intime et lumineuse en trois temps marqués par des ellipses très fortes,  l’enfance, l’adolescence, et l’âge adulte. Le même personnage, qui porte successivement trois noms (Little, Chiron et Black) est représenté par trois acteurs différents. Trois temps qui racontent la (dé)construction d’un enfant mutique et complexé en un homme qui s’est fabriqué une armure pour survivre. Mais ce n’est pas seulement un récit d’apprentissage de la vie. Le metteur en scène y ajoute un élément fondamental : la prise de conscience du petit Chiron (surnommé Little) de son homosexualité, d’abord à travers le regard des autres, comme souvent, puis à travers une première expérience, qui lui reviendra en pleine face à l’âge adulte. L’homosexualité est encore plus difficile à vivre  dans la communauté noire et pauvre des grandes villes américaines (tous les acteurs sont noirs) et le spectateur a la certitude qu’un drame va arriver, que l’enfant fragile devenu un dealer costaud va payer son tribut à la société. Le talent de Jenkins réside dans sa volonté de déjouer cette attente et Moonlight n’est pas l’histoire d’une descente aux enfers, mais le récit d’une renaissance au monde dans l’amour et le pardon. C’est toute la complexité du film qui décide de ne pas choisir entre le réalisme brutal et l’émotion pure mais de mener les deux de front avec une maîtrise sidérante. Pour cela, la caméra est caressante et serre les visages sans les étouffer, à hauteur d’enfant, de femme et d’homme. La bande son participe aussi à notre émotion avec ses rudes rythmes de rap en contrepoint du lyrisme d’un Laudate dominum de Mozart. La principale qualité de ce film est de sublimer une histoire somme toute assez moche pour en faire un film audacieux, profondément pudique.

Jean Wilkowski