Logo de protestants.org
Cinéma

Cette rubrique est présentée par Pro-Fil

logo   

Mr. Turner

(Grande-Bretagne –2014 – 2h29) présenté à Cannes en 2014 dans la Sélection Officielle Cannes

Réalisation : Leigh Mike - Scénario : Mike Leigh - Photo : Dick Pope – Montage : Jon Gregory – Musique : Gary Yershan – Son : Tim Frazer - Distribution : Diaphana
Interprétation : Timothy Spall (J.M.W. Turner), Dorothy Atkinson (Hannah Danby), Marion Bailey (Sophia Booth), Lesley Manville (Mary Somerville), Martin Savage (Benjamin Robert Haydon), Joshua McGuire (John Ruskin)
Auteur :

Nous connaissions Mike Leigh en scrutateur de son temps au travers d’histoires simples, le découvreur des secrets de la vie intime des familles, surtout de la classe laborieuse ou de la ‘middle class’ : High hopes (1988), Naked (1993), Secrets et mensonges (1996), Vera Drake (2004), Another Year (2010). Représentant du cinéma social (aux côtés de Ken Loach, des Dardenne), il a été souvent primé (Locarno, Venise, Cannes, Berlin). Avec Mr. Turner, changement de registre. Radioscopie d’un des plus grands peintres britanniques (1775-1851), mise en scène soignée de l’Angleterre juste avant la révolution industrielle.

Résumé :

Ce sont les dernières années d’existence du peintre. Sa réputation est bien établie, c’est un très grand aquarelliste, peut être un précurseur de l’impressionnisme. Il est jalousé et ses toiles se vendent. L’entreprise de Mike Leigh était risquée, mais le personnage génial est remarquablement interprété par Timothy Spall qui a remporté le Prix d’Interprétation à Cannes 2014.

Analyse :



Que voyons-nous de cet homme qui a laissé à la postérité l’empreinte du génie et légué tous ses tableaux à l’Etat ? Un physique lourd et pesant, le visage ingrat et atteint par le manque de soins, des relations très distantes et hostiles avec son ancienne femme et ses deux filles, un penchant sexuel pulsionnel avec sa servante qui lui est totalement soumise, un contact empesé ou difficile avec ses illustres contemporains : l’écrivain Thackeray, le peintre Constable, un peintre raté Haydon, Ruskin le poète et grand critique d’art qui a beaucoup défendu le style de Turner, dans une Angleterre victorienne pleine de préjugés.

En fait, Mike Leigh a su rendre l’atmosphère de l’époque, mais il ne montre guère le créateur à l’œuvre. Peu d’émotion dans le récit. L’intérêt du film est de montrer la recherche passionnée des beautés de la nature, qui s’offrent au regard de l’artiste. Il y a de très belles scènes où l’on voit le peintre marcher seul dans la campagne, au bord d’un lac, dans un paysage tourmenté de montagnes. Images belles et saisissantes d’un monde qui s’offre et se dérobe. Le film ne montre pas tant les tableaux que les lieux qui ont suscité ses élans créateurs. Dans ses rapports aux personnes du peuple, aux sans grades, aux anonymes, le réalisateur sait rendre la sensibilité en ébullition : chanter faux accompagné d’une pianiste indulgente, pleurer devant les seins dévoilés d’une jeune prostituée, griffonner son carnet à dessins à la vue du cadavre d’une femme noyée. Mike Leigh n’a pas perdu son art subtil de filmer les visages et les corps souvent ingrats de ses personnages. La scène finale de la mort du peintre fait passer un peu l’émotion qui manquait tout au long du film. Peut-être la plus belle séquence est celle où Turner est avec ses amis dans un bateau à rames. Il se dirige vers un vaisseau de guerre Le Téméraire, bateau destiné à être démoli…et soudain c’est la réplique en nature du tableau qui sera un de ses plus grands chefs d’œuvre. Le regard de la créativité artistique.

Alain Le Goanvic