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Cinéma

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Nahid

(Iran – 2016 – 1h45)

Réalisation : Panahandeh Ida - Scénario et dialogues : Ida Panahandeh – Scénario, dialogues et montage : Arsalan Amiri - Musique : Najid Pousti – Photographie : Morteza Gheidi – Son – Jahangir Mirshekari - Mehdi Ebrahimzadeh, Mehrshad Malakouti – Décors : Mehdi Moussavi - Distribution : Memento Films Distribution
Interprétation : Sareh Bayat (Nahid) – Pejman Mazeghi (Masoud) – Navid Mohammadzadeh (Amhad) – Milad HasamPour (Amir Reza)
Auteur :

Ida Panahandeh est née à Téhéran et y a fait ses études de cinéma avec une formation de chef opératrice. Elle a écrit des nouvelles qui sont devenues des scénarios. Après dix ans de télévision, de courts-métrages et documentaires elle passe à la réalisation d’un long métrage, Nahid, présenté à Cannes en 2015 dans la Section « Un certain regard ».

Résumé :

Nahid, jeune divorcée, vit seule avec son fils, Amir Reza, âgé de 10 ans, dans une petite ville au bord de la mer Caspienne. Selon la loi iranienne, la garde de l’enfant revient au père mais ce dernier (Ahmad) a accepté de le céder à son ex femme à condition qu'elle ne se remarie pas. La rencontre de Nahid avec Masoud, un homme qui l'aime et veut l’épouser, va bouleverser sa vie de femme et de mère.

Analyse :



La surprise de ce film tient à ce personnage féminin si complexe. Nahid nous est d’abord présentée comme une mère viscéralement attaché à son fils : elle fait tout pour en conserver la garde. Mais en même temps elle se comporte avec lui avec une certaine brutalité, toujours impatiente et sans manifestation d’affection. Son désir de le garder avec elle n’est-il pas plus motivé par la peur (légitime) qu’il devienne comme son père Amhad (drogué, joueur, mêlé à des affaires louches) que par un réel amour. Même complexité dans sa relation avec Masoud, ce veuf qui la courtise et lui propose de l’épouser. Il va même jusqu’à accepter cette formule de « mariage provisoire » (une découverte sans doute pour le public occidental…) qui, certes la fait échapper à la nécessité de rendre l’enfant à son père, mais qui contraint Masoud à des manigances dont il se serait bien passé. C’est dans son rapport à l’argent que culmine la complexité voire même l’incohérence. Ce n’est finalement pas le manque d’argent qui la fait ne pas payer son loyer, emprunter à son amie, hypothéquer des bijoux qui ne sont même pas à elle. Ses dépenses se révèlent ne pas être uniquement utilitaires ou consacrées au paiement de la scolarité de son fils dans une école privée. On la voit naviguer (ce qu’évoque l’image de la barque assurant le passage d’une rive à l’autre…) entre deux mondes : celui d’une certaine modernité et aisance représentées par son prétendant et celui plus archaïque avec des traditions plus lourdes, monde de sa propre famille et de celle de son ex-mari. Sa détermination est rendue fragile par toutes ces contraintes. Est-ce le message de ce film ? Que peuvent choisir les femmes en Iran lorsqu’elles veulent sortir de leur condition traditionnelle, alors que l’univers dans lequel elles vivent est un monde sous surveillance. Les regards des voisins par des portes entrebâillées, celui des collègues de travail, ceux de la famille, pèsent sans cesse sur Nahid. Cette impression est renforcée par la présence de caméras de surveillance auxquelles rien ne semble pouvoir échapper, même une simple promenade sur la plage. Ainsi Nahid nous montre la difficulté pour une femme iranienne (pour toute femme ?) de tracer elle-même sa route.

Des images saturées de gris à l’exception du canapé rouge qu’achète Nahid à crédit, et la couverture rouge dont la famille recouvre l’aïeule mourante à l’arrivée de visiteurs, couverture qu’on s’empressera d’enlever à leur départ…. Mais aussi du sang sur les mains de Nahid après une dispute avec son ex-mari.

Ce portrait de femme complète bien ceux que le cinéma iranien nous a déjà fait connaître.

Maguy Chailley