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Cinéma

Cette rubrique est présentée par Pro-Fil

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Ni le ciel ni la terre

(France/Belgique – 2015 – 1h40)

Réalisation : Cogitore Clément – Scénario : Clément Cogitore, Thomas Bidegain – Image : Sylvain Verdet – Montage : Isabelle Manquillet – Son : Fabrice Osinski, Julie Brenta, Vincent Cosson - Décors : Olivier Meidinger - Musique Eric Bentz – Production : Jean-Christophe Reymond, Tarentula Belgique - Distribution : Diaphana Distribution
Interprétation : Jérémie Renier, Swanénarion Arlaud, Marc Robert, Kevin Azaïs, Finnegan Oldfield, Clément Bresson, Sâm Mirhosseini
Auteur :

Clément Cogitore, né en 1983, a commencé sa carrière dans le cinéma en tant que plasticien. Son travail questionne les croyances, rituels et récits qui construisent nos communautés. Il a surtout réalisé des courts-métrages et des documentaires. Ni le ciel ni la terre est son premier long-métrage qui a été présenté à la Semaine de la Critique à Cannes.

Résumé :

Afghanistan 2014. A l’approche du retrait des troupes, le capitaine Antarès Bonassieu et sa section sont affectés à une mission de contrôle et de surveillance dans une vallée reculée, frontalière du Pakistan. Le contrôle de ce secteur supposé calme va progressivement leur échapper. Une nuit des soldats se mettent à disparaître mystérieusement.

Analyse :



La compétence de Clément Cogitore en tant que plasticien transparait dans ce film. Beaucoup d’images sont des éclats visuels dans lesquels la lumière et les éclairages concourent à créer une ambiance qui devient peu à peu fantasmagorique. La problématique du « voir » (ou « ne pas voir ») traverse ce récit. Comment ces soldats peuvent disparaître sans qu’on n’ait rien vu de leurs éventuels ravisseurs ? Tout l’arsenal déployé pour traquer, de nuit, ceux que l’on soupçonne, nous fait vivre des scènes où la lumière de projecteurs sur des visages à demi éclairés accentue encore le noir qui les entoure. Ce que ces hommes voient à travers leurs lunettes à infra rouges est déréalisé. Et la très belle scène où des silhouettes lointaines apparaissent en ombre chinoise à l’horizon autour d’un feu renvoie encore plus au rêve.

Les contacts du bataillon avec les habitants de la vallée sont faits de « malentendus », tant en raison de la langue (l’interprète est toujours sollicité lors des conversations entre le capitaine et ces villageois) qu’en raison de leur méconnaissance du mode de vie et des croyances.

L’incompréhension des soldats par rapport à ce qui se passe les conduit à élaborer des hypothèses irrationnelles qui accentuent encore le sentiment d’étrangeté et les fait entrer plus aisément que le capitaine dans les récits des villageois. A travers les péripéties de cette quête des disparus on entre progressivement dans d’autres univers de référence que la rationalité technique militaire.

C’est une plongée dans les derniers moments de la présence française en Afghanistan où se manifestent les peurs des uns et des autres et leurs interrogations sur le sens de ce qu’ils font là. L’ailleurs de la guerre fait ponctuellement intrusion par la référence aux épouses (l’une d’elle va accoucher). Mais on voit que ces hommes ne peuvent pas échapper à cet univers clos, refermé sur lui-même. L’immensité de certains paysages est contredite sans cesse par l’étroitesse des casemates et des petites ouvertures ménagées pour surveiller.

Très belle réussite du point de vue formel et psychologique, malgré parfois quelques faiblesse dans le scénario. Et les acteurs sont remarquables.

Maguy Chailley