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Cinéma

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No Land's Song (*Chant de nulle part)

(Iran – 2014 – 1h31mn)

Réalisation : Najafi Ayat - Scénario : Ayat Najafi – Photographie : Koohyar Kalari, Sarah Blum – Son : Sasan Nakhai, Dana Farzaneh pour, Julien Brossier - Montage : Julia Wiedwald, Schokofeh Kamiz – Production : Torero film, Hanfgam&Ufer, CHAZ productions, Al Jazeera – Distribution France : Jour2Fête
Interprétation : Sara Najafi, Parvin Namazi, Sayeh Sodeyfi, Elise Caron, Jeanne Cherhal, Emel Mathlouthi, Imed Alibi, Chakad Fesharaki, Sébastien Hoog, Ali Kazamian, Edward Perraud, Ali Rahimi, Maryam Tajhdeh
Auteur :

Ayat Najafi est un écrivain et réalisateur iranien. Après un premier court métrage Move It en 2005, il réalise en 2008 un documentaire Football Under Cover qui décrit déjà les difficultés des femmes en Iran, à travers l’épopée d’une équipe féminine de football qui veut monter le premier match féminin de l’histoire iranienne.

Résumé :

En Iran, depuis la révolution de 1979, les femmes n’ont plus le droit de chanter en public, tout au moins en solo et devant des hommes...
Défiant la censure, Sara Najafi, jeune compositrice iranienne, tente d’y organiser un concert pour des chanteuses solistes, bravant les tabous qui font loi. Pour soutenir leur combat, Sara et ses amies chanteuses Parvin Namazi et Sayeh Sodeyfi invitent trois artistes françaises, Elise Caron, Jeanne Cherhal et Emel Mathlouthi, à venir les rejoindre pour collaborer à leur projet musical.

Analyse :



No Land’s Song est un documentaire sur la place des femmes dans la société iranienne et sur les interdits, souvent mesquins ou ridicules, qui les frappent. Le film traite ce sujet à travers l’histoire de la sœur du réalisateur, Sara Najafi, qui veut monter à Téhéran un concert de chanteuses. Ce scénario rappelle celui d’un autre film iranien sorti il y a quelques années, Les chats persans, qui mettait en scène des groupes de rocks cherchant à jouer à Téhéran. On y retrouve la même volonté, le même courage et la même débrouille des protagonistes face à des autorités tatillonnes.

On apprend ainsi que les femmes ont le droit de chanter en chœur mais pas en solo. Un docte mollah explique, en faisant remonter à Adam et Eve son explication théologique, que leurs voix trop douces susciteraient des émotions et des désirs impurs chez les hommes, mais que, curieusement, l’inverse n’est pas vrai. La position des autorités varie au gré des changements de fonctionnaires dont on n’entend que la voix, toutes les scènes dans les ministères étant frappées d’un écran noir, qui est à la fois le produit des conditions de tournage mais aussi un beau symbole de l’obscurantisme ambiant. Mais, comme souvent dans les films iraniens, en même temps que l’interdit, les fonctionnaires vous donnent le moyen de le contourner : mettre un chœur muet au fond de la scène ou ajouter un chanteur mâle que l’on n’entendra pas.

Le film fait aussi revivre de grandes chanteuses d’avant la Révolution dans des chants remplis d’émotion et nous emmène dans une promenade nostalgique dans des lieux délabrés qui ont été des cabarets ou un hôtel de luxe et qu’évoquent avec gourmandise d’anciens habitués.

Un film dont le sujet est douloureux, car il montre le manque de liberté de ces femmes, mais dont la réalisation est souriante et fait preuve d’un optimisme très volontariste. Une leçon de courage plaisante qu’il faut aller voir.

Jacques Champeaux