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Cinéma

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Nocturama

(France - 2016 - 2h10)

Réalisation : Bertrand Bonello - Scénario : Bertrand Bonello - Photo : Léo Hinstin - Musique : Bertrand Bonello -Son : Nicolas Cantin – Décors : Katia Wyozskop – Casting : Christel Baras - Montage : Fabrice Rouaud - Distribution : Wild Bunch
Interprétation : Finnegan Oldfield (David), Vincent Rottiers (Greg), Hamza Meziani (Yacine), Manal Issa (Sabrina), Rabeli Naït Oufella (Omar), Laure Valentelli (Sarah), Martin Guyot (André)
Auteur :

Né en novembre 68, Bonello est musicien classique de formation. Il est le compositeur de tous ses films. Après quelques courts métrages (Le bureau d’Alice, Juliette) il réalise son premier long métrage, Quelque chose d’organique, en 1998. En 2001, c’est Le Pornographe, auquel succédera Tirésias, réflexion sur l’identité sexuelle. De la guerre (2008), L’Apollonide (2011) et Saint –Laurent (2014), seront tous présentés à Cannes, dont le dernier en Sélection Officielle. Mais Nocturama ne sera pas sélectionné…

Résumé :

Un groupe de jeunes, deux filles, cinq garçons, s’attaque aux symboles du pouvoir étatique par des actes terroristes ciblés : bombes au Ministère la Défense, assassinat d’un banquier, incendie de la Statue de Jeanne d’Arc etc. Dans un Paris en état de choc, les terroristes trouvent refuge dans un grand magasin.

Analyse :



Ce film tranche complètement avec la série de films français qui traitent de relations intimes, familiales, d’histoires sur fond de querelles à résonance psychologique. A noter qu’il y quand même quelques bons films ( !) dans cette gamme. Non, le réalisateur prend résolument une direction nouvelle, radicale, audacieuse. Il a imaginé le synopsis dès 2010 où il s’attelle au scénario d’une histoire contemporaine « qui montrerait l’état de dégoût et de perdition de la jeunesse ». Le propos est clair, illustré dans un style au brio éblouissant. L’action se passe à Paris (filmée comme jamais). Il a fallu la constance des producteurs (Edouard Weil et Alice Girard, soutenus par Arte et la Région Ile-de-France, mais en l’absence du CNC) pour que le tournage ait lieu (commencé en 2014, continué en 2015, l’année horrible). Trois parties structurent le film : la première est une longue exposition minutée, où l’on découvre chaque protagoniste, suivi à la trace dans les rues, le métro, dans des couloirs. Ambiance stressante, mystère, pas ou peu de dialogues. La seconde partie devient plus précise, c’est le passage à l’action : installation de bombes, assassinats, mises à feu. Images télévisées, sirènes des voitures de police. Les indications d’heures sont plus espacées, on arrive peu à peu au soir. Enfin, dans la troisième partie, nous voyons les membres du groupe s’infiltrer dans un immense magasin, à plusieurs étages. Après avoir tué les vigiles, mais aussi perdu un des leurs, ils s’installent, visitent, se servent à manger. La nuit est maintenant tombée. L’atmosphère est imprégnée d’une musique très forte qui envahit tout l’espace, étage par étage, au milieu de mannequins fantomatiques, de bijoux, de colifichets, d’un fatras d’objets de la vie quotidienne, posés là sous les yeux des jeunes, dont l’anxiété (avec la nôtre) va grandir peu à peu. Ils se sentent cernés, inutiles, un vide existentiel s’instaure. Les mouvements de caméra, les cadrages et les explorations des espaces multiples du magasin, souricière et prison, les sons, maintiennent en éveil notre regard et nos oreilles. Des coups de feu très secs tirés par un ballet d’ombres exacerbe l’univers poétique du film. Les lumières s’allument dans la salle, le spectateur a du mal à s’exprimer, à cause de l’émotion accumulée. L’œuvre est à apprécier dans les rapports entre « fiction «  et « réel ». Un film à débattre.

Alain Le Goanvic