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Cinéma

Cette rubrique est présentée par Pro-Fil

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Noé (Noah)

(Etats-Unis – 2014 - 2h18)

Réalisation : Darren Aronofsky - scénario Darren Aronofsky ; co-scénariste Ari Handel ; musique, Clint Mansell ; images, Matthew Libatique ; montage, Andrew Weisblum ; décors, Mark Friedberg ; distribution France, Paramount.
Interprétation : Russell Crowe (Noé), Jennifer Connelly (Naama sa femme), Emma Watson (Ila, leur fille adoptive), Douglas Booth (Sem), Logan Lerman (Cham), Leo McHugh Carroll (Japheth), Anthony Hopkins (Mathusalem), Ray Winstone (Tubal-cain).
Auteur :

Darren Aronofsky (né à NewYork, 1969), cinéaste original et audacieux, en est à son sixième long métrage, alternant films déroutants (Pi, 1998 ; La Fontaine, 2006) et beaux succès (Requiem for a Dream, 2000 ; The Wrestler, 2008, Black Swan, 2010) qui ont collecté des prix prestigieux. Noé, grosse machine à figurants et grand spectacle, est pour lui une nouveauté.

Résumé :

Noé construit une arche pour assurer la continuité de la vie sur terre après le déluge qui éliminera la méchanceté humaine. Mais le message de l'Eternel n'est pas clair, Noé pas subtil, et il se persuade qu'aucun humain ne doit survivre...

Analyse :



Il n'était pas facile de surprendre avec l'histoire de Noé, que tout le monde connaît au moins dans certains milieux, et qui, en outre, est des plus simples... Mais Aronofsky y parvient, au prix de quelques variantes au récit de la Genèse que par ailleurs il exploite en connaisseur. Suivons-le sur trois pistes qui donnent au film son intérêt par-delà la mise en images.

La première, c'est une narration qui multiplie les clins d'œil au monde actuel. La terre a été dévastée par l'exploitation industrielle (sic) des ressources naturelles et minérales, et n'en restent que des paysages ravagés. L'obéissance obtuse aux ordres, aussi monstrueux soient-ils, permet l'accomplissement d'une première version, universelle, de la 'solution finale'. Enfin on notera que les ordres à Noé sont le fruit de son intime conviction qu'ils lui ont été donnés, sans que jamais l'on voie ni entende leur émetteur – ce qui permit toujours à tant d'ordres divins de circuler en concurrence. La seconde piste, c'est l'erreur d'interprétation commise par Noé, fondamentale puisqu'elle fournit au film sa colonne vertébrale dramatique : laissera-t-il ses fils avoir une descendance ? Une erreur presque sympathique, puisqu'elle met le bourreau, l'exécuteur du Jugement, dans la même galère que les condamnés. Mais pour cela, Aronofsky doit sortir de l'Arche les femmes des fils de Noé, que la Genèse y avait embarquées. Sujet de discussion : quelle est la responsabilité de Noé dans ce génocide ?

La troisième piste, c'est ce Tubal-Caïn, que je ne connaissais qu'à travers Victor Hugo (La Conscience) :

Alors Tubal Caïn, père des forgerons,
Construisit une ville énorme et surhumaine.

Le personnage biblique, en effet contemporain, avec Mathusalem, de la construction de l'Arche, a bien Caïn pour bisaïeul, ce qui en ferait un oncle de Noé (quoique tous deux eussent Lamech pour père et Mathusalem pour grand-père...) Ici, cet avatar de Vul-Cain joue plutôt le rôle d'un nouveau Prométhée, bien décidé à braver la Divinité pour ouvrir la route au futur de l'humanité. Malgré son échec, nous sommes là !

Du côté du grand spectacle, les Anges déchus, répugnants géants de mâchefer, ont une gaucherie bien attendrissante ; l'assaut sur l'Arche, gigantesque boîte à chaussures en mikado, est un mélange d'Excalibur, de Chateau de l'Araignée et de Fort Apache ; quant au déluge, il a plutôt des allures de tsunami – l'actualité encore – tandis que les bizarres geysers qui l'inaugurent sont textuels : « L'année où Noé eut six cents ans, le dix-septième jour du deuxième mois, les eaux souterraines jaillirent impétueusement de toutes les sources, et les vannes du ciel s'ouvrirent en grand. »

Jacques Vercueil