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Cinéma

Cette rubrique est présentée par Pro-Fil

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Nos années folles

(France – 2017 – 1h 43mn)

Réalisation : André Téchiné – Scénario : André Téchiné et Cédric Anger d’après l’œuvre de Danièle Voldman et Fabrice Virgili, La Garçonne et l’assassin – Photographie : Julien Hirsch – Montage : Albertine Lastera – Musique : Alexis Rault – Producteurs : Laurent et Michèle Pétin – Distribution : ARP Sélection
Interprétation : Pierre Deladonchamps (Paul Grappe / Suzanne) – Céline Salette (Louise Grappe) – Grégoire Leprince-Ringuet (Charles de Lauzin) – Michel Fau (Samuel) – Virginie Pradal (la grand-mère) – Mama Prassinos (Valentine)
Auteur :

André Téchiné, né en 1943, est un vétéran du cinéma français qui a commencé comme critique aux Cahiers du Cinéma et a réalisé, depuis son premier film, Paulina s’en va, présenté en 1969 à Venise, près de 25 longs métrages en près de 50 ans. Adepte des fictions romanesques et chroniqueur de notre histoire contemporaine, il est l’auteur de films qui ont connu un grand succès public et critique, tels que Hôtel des Amériques, Rendez-vous, Les Roseaux sauvages, Les Egarés.

Résumé :

L’histoire est celle d’un jeune couple, Paul et Louise. Louise travaille dans un atelier de couture, Paul part à la guerre. Ne voulant plus retourner au front, il se mutile, déserte et se cache dans la cave de la grand-mère de Louise, en plein Paris. Pour pouvoir sortir, il trouve une solution : se déguiser en femme. Paul devient Suzanne. Au départ, c’est Louise qui en a l’idée, et Paul résiste, mais il finit par être séduit par l’étrangeté de l’aventure et il y prend goût. Suzanne devient une des reines de la nuit du Bois de Boulogne. En 1925, amnistié, Suzanne tentera de redevenir Paul.

Analyse :



Cette histoire extravagante est pourtant une histoire vraie, celle de Paul et Louise Grappe. Téchiné la met en abime en enchevêtrant leur vie avec des extraits d’un spectacle monté, quelques années après, sur leur histoire et où Paul joue son propre rôle. Le procédé s’inspire du Lola Montès de Max Ophuls et permet des raccourcis dans la narration et des économies dans le tournage. Le film est en effet à petit budget, ce qui se ressent un peu dans les scènes de guerre ou dans les scènes de foule au moment de l’Armistice. Mais ce théâtre dans le film est aussi intéressant car il montre les tourments de Paul qui cherche, à travers ce spectacle un peu pitoyable, à redevenir Suzanne, au moins pour quelques instants.

Le sujet du film est en effet la difficulté de réapprendre à vivre une vie normale quand on a vécu des moments exceptionnels. C’est le cas de Paul, qui n’arrive pas à ne plus être Suzanne, et qui rejette l’arrivée d’un enfant comme un retour au réel qui l’angoisse et qu’il va fuir dans l’alcool. C’est aussi le cas d’un riche aristocrate qui n’a plus goût à rien parce que, à l’opposé de Paul, il a aimé passionnément la guerre, et qui noie son ennui dans des orgies au son crépusculaire d’un lied de Schubert. Tous ces personnages ont été, d’une façon ou d’une autre, profondément ébranlés par la guerre ; la vie trépidante des Années folles, telle que la montre Téchiné, n’est qu’une manière artificielle de rechercher des émotions fortes qui fassent oublier la guerre. Le film est attachant par cette réflexion sur ces Années folles, mais c’est aussi un film d’amour car Louise aime Paul, et supporte par amour les frasques de Suzanne et le désespoir de Paul. Il est aussi porteur d’espoir par la solidarité qui lie les ouvrières de l’atelier où travaille Louise ; c’est d’ailleurs sur les images de ces femmes pleines de vie, à l’opposé des images de mort des hommes, que se clôt le film. 

Jacques Champeaux