Logo de protestants.org
Cinéma

Cette rubrique est présentée par Pro-Fil

logo   

Haewon et les hommes (Nugu-ui Ttal-do Anin Haewon)

(Corée du Sud – 2013 – 1h30)

Réalisation : Hong Sangsoo - directeur de la photographie : Kim Hyungkoo, Park Hongyeol – son : Kim Yongjoo – production : Kim Kyounghee – distribution France : Les Acacias
Interprétation : Jung Eunchae (Haewon) – Lee Sunkyun (Seongjun) – Ye Jiwon (Yeonju) – Yu Junsang (Yungshik) – Kim Jaok (la mère de Haewon) – Kim Euisung (le professeur) – Jane Birkin
Auteur :

Hong Sangsoo est né à Séoul en 1960. Il réalise son premier long métrage Le jour où le cochon est tombé dans le puits en 1996 et, depuis, réalise environ un film par an. Ses films se passent toujours dans le même milieu, celui du cinéma et des étudiants. Il tient une place à part dans le cinéma coréen en travaillant toujours sur le même univers et en réalisant des films légers, de petits contes sur le thème des hésitations amoureuses, sortes de marivaudages que l’on pourrait comparer aux films d’Eric Rohmer. Ses derniers films sortis en France ont été Hahaha, Oki’s Movie, In Another Country..

Résumé :

Comme le titre l’indique, il met en scène une jeune et jolie étudiante, Haewon, et ses relations avec différents hommes. On la voit écrire son journal, elle commence sa narration au départ de sa mère pour le Canada. La veille du départ, elles déambulent longuement dans différents lieux de Séoul, chargés de souvenirs pour la mère ou la fille. Sa mère partie, elle revoit Seongjun, un professeur avec lequel elle a eu une liaison. Ils dinent ensemble avec un groupe d’étudiants dont l’un a été son petit ami. Ils font une excursion dans un parc pendant laquelle ils vont se disputer et se séparer. Elle rencontrera un coréen, professeur aux Etats Unis, qui lui proposera de l’épouser, reverra Seongjun qui lui demandera de partir ensemble. Elle refusera et continuera d’écrire son journal.

Analyse :



Comme tous les films de Hong Sangsoo, ce film est construit autour des discussions et des déambulations de personnages qui donnent à voir leurs hésitations : hésitation de Haewon qui cherche à faire quelque chose de sa vie, hésitation plus veule de son amant Seongjun qui veut tout et son contraire, être avec Haewon mais que cela ne se sache pas, la garder pour lui mais rester en même temps avec sa femme et son enfant. Les hommes coréens ne sont en général pas flattés par Hong Sangsoo, ils se montrent hésitants, peu sûrs d’eux, puérils.

Dans ce film subtil, on retrouve la manière de filmer de Hong Sangsoo. D’abord le principe de répétition : des retours dans les mêmes lieux (ici la bibliothèque, un parc, un fort, un café) et des redites comme ces mégots de cigarettes ou ces statues qui remplacent ici les panneaux de signalisation ou les parapluies de In Another Country. Ensuite le procédé du journal intime qui permet de brouiller les calendriers et de passer de la réalité au rêve de façon si peu marquée que le spectateur risque fort de le manquer, comme si le rêve était autant la vie que la réalité vécue.

Mais ce film présente aussi de légères variations par rapport à ses films précédents. Le thème de l’étranger, de l’ailleurs, était déjà apparu dans In Another Country. Ici il prend la forme du départ de la mère vers le Canada, de la rencontre rêvée avec Jane Birkin dans les rues de Séoul, et de celle avec un professeur coréen vivant aux Etats Unis. Tout se passe comme si Hong Sangsoo ne trouvait de possibilité d’échapper à l’étouffement de la vie en Corée qu’en partant ailleurs. Il y a aussi une évolution dans le ton : le burlesque et l’humour n’ont pas disparu, mais le ton est à la fois plus doux et plus grave, avec un peu plus d’amertume, de pessimisme peut-être.

Jacques Champeaux