Logo de protestants.org
Cinéma

Cette rubrique est présentée par Pro-Fil

logo   

On the Milky Road (Na mlesnom putu)

(Serbie/Royaume-Uni/Etats-Unis - 2017 - 2h05)

Réalisation : Emir Kusturica - Scénario : Emir Kusturica - Image : Martin Sec et Goran Volarevic - Montage : Svetolik Zajc - Musique de Stribor Kusturica - Distribution France : Wild Bunch Distribution.
Interprétation : Emir Kusturica (Kosta), Sloboda Micalovic (Milena), Monica Bellucci (Nevesta), Miki Manojlovic (Zaga).
Auteur :

Emir Kusturica, réalisateur, acteur et musicien, est né à Sarajevo en 1954, et étudia le cinéma à la FAMU de Prague. Très vite reconnu comme un grand : Papa est en voyage d'affaires, Palme d'or 1985, était son second film ; après Le temps des Gitans, meilleur réalisateur à Cannes 1989, il s'essaye aux Etats-Unis (Arizona Dream, 1993) mais la guerre en ex-Yougoslavie devient un élément majeur de son existence (Underground, seconde Palme d'or en 1995). Il interrompit plusieurs fois sa carrière de cinéaste pour passer à la musique. Il n'avait plus réalisé de film depuis presque dix ans (Promets-moi, 2007 ; Maradona, 2008).

 

Résumé :

Kosta, garçon laitier, effectue ses livraisons à travers un no-man's land labouré par les tirs de deux camps antagonistes. La pétulante Milena le couve d'yeux amoureux, mais voici arriver la malheureuse Nevesta que sa beauté condamne à la couche d'un chef de guerre absent pour le moment...

 

Analyse :



Le récit n'est qu'un prétexte sans importance. Le film, dont le pessimisme s'habille d'oripeaux chatoyants comme fait un clown de cirque, se déroule en deux parties. La première, heureusement plus longue, décrit l'absurde folie de la guerre devenue, dans une région non désignée de l'ex-Yougoslavie, meurtrière routine superposée à la vie paysanne. Puis Nevesta et Kosta se sont enfuis et sont poursuivis, dans la sauvagerie d'une nature protectrice, par les têtes de cuir du pouvoir onusien qu'un méchant a détourné au service de ses intérêts : cette seconde partie, monotone et languissante malgré l'abondance des motifs d'angoisse, fait péniblement espérer une fin longue à venir.

Il faut donc profiter au passage de l'imagination que Kusturica déploie dans son tableau, vivant et truculent, de cette petite société rurale au pays des cailloux. Aux personnages picaresques, jeunes et vieux, qu'il accompagne de sa présence chaleureuse, pacifique et pittoresque, se mêle une étonnante collection d'animaux hétéroclites qui peuple le film dans toutes sortes de rôles : abeilles, âne, chats, chèvres, chien, cochon, coq, poules et œufs, faucon, martinets, mouches, moutons, oies, ours, papillon, poissons, serpent, vache... sans compter l'envol des oiseaux digitaux et multicolores du Paradis. La naïveté de cette ménagerie bienveillante, entre réalisme fermier et fantasmagorie de dessin animé, vient alléger une atmosphère que les sombres sujets brassés pourraient plomber — qu'il est dur de vouloir vivre quand même et sans faire de mal à autrui dans le monde tel qu'il est­ ! Il n'est pas dit qu'une recherche de symboles derrière chacun de ces personnages de fables de La Fontaine soit à tout coup promise au succès... Mais le réalisateur, en ayant dû aller chercher une vipère cornue et un essaim d'abeilles enflammées pour illustrer la mansuétude, leur a manifestement fait plus confiance qu'à certains frères humains.

 

Jacques Vercueil