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Cinéma

Cette rubrique est présentée par Pro-Fil

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Cheveux rebelles (Pelo Malo)

(Venezuela – 2012 – 1h33)

Réalisation : Mariana Rondon – Scénario : Mariana Rondon – Photographie : Micaela Cajahuringa – Montage : Marite Ugas – Musique : Camilo Froideval – Production : Suduka film – Distribution : Pyramide Distribution
Interprétation : Samuel Lange – Samantha Castillo - Beto Benites – Nelly Ramos – Maria Emilia Sulbaran
Auteur :

Mariana Rondon est une réalisatrice et artiste plasticienne vénézuélienne. Elle a étudié le cinéma d’animation à Paris et est diplômée de la première promotion de l’école de cinéma de Cuba. En 2000 elle coproduit (avec Maritè Ugas) son premier long métrage A la Medianoche y Media. Pelo Malo est son 3° long métrage. Il a obtenu la Concha d’or au festival de San Sebastian 2013.

Résumé :

Junior a 9 ans. Il vit à Caracas avec sa mère et son frère de 2 ans. Junior a les cheveux frisés de son père. Il voudrait avoir les cheveux lisses de sa mère. Junior adore chanter, danser avec sa grand-mère et se coiffer devant la glace. Mais pour sa mère, Junior est l'homme de la famille et doit se comporter ainsi.

Analyse :



Le rapprochement de ce film avec Tomboy (Cécile Sciamma 2011) est tentant au premier abord. Dans un cas une fille, Laure, 10 ans, se laisse prendre pour un garçon et, prise au piège de sa supercherie, la laissera se développer jusqu’à être démasquée, au grand dam de ses parents. Dans l’autre cas un garçon métis, Junior, rêve d’avoir une chevelure lisse alors qu’il est crépu. Sa mère le réprime craignant qu’il ne soit homosexuel, au vu de certaines de ses manières qu’elle trouve efféminées. Dans les deux cas on est dans ce moment de la préadolescence où chacun cherche sa propre identité. Dans les deux cas le récit se déroule sur une période un peu flottante de fin de vacances, avant que ne reprenne l’école. Mais la comparaison s’arrête là. Dans Pelo Malo la description d’un milieu social est centrale (alors que dans Tomboy le contexte familial est très peu appuyé). A travers le destin de la mère, chargée de deux enfants qu’elle assume seule, on découvre la dureté de sa vie, aussi bien dans les rapports avec ses voisins, les relations homme-femme, et sa recherche d’emploi. Ayant perdu son travail de vigile, elle cherche vainement à en retrouver un et fait appel à ses voisines, ainsi qu’à la grand-mère de ses enfants, pour les garder quand elle est en recherche d’emploi. Leur lieu de vie, un immeuble immense et dégradé dans un quartier populaire, est peu engageant. Mais il reste un espace de jeu pour les enfants. Témoin ce moment où, de leur balcon, Junior et sa petite voisine, inventent un jeu : faire deviner où se trouve telle ou telle scène qu’ils peuvent observer sur les balcons de l’immeuble d’en face. On voit aussi comment ils s’approprient l’univers des adultes, vu à travers les médias, et en font un modèle pour eux. Ainsi l’apparence qu’ils veulent prendre pour la photo de classe : chanteur de charme, miss.

L’inquiétude de la mère devient peu à peu une obsession – Junior va devenir « gay » - et tout lui est prétexte à soupçon. Alors que la grand-mère serait beaucoup plus tolérante et prête à accepter cette éventualité si elle permettait à Junior d’échapper aux comportements virils qui se soldent souvent par des bagarres et des meurtres. Ce que montre bien le film c’est l’opposition et l’incompréhension entre l’univers mental de Junior et de sa copine, univers encore enfantin, et celui de la mère redoutant de mal éduquer Junior puisqu’il manque de modèles masculins. D’où sa dureté envers lui alors qu’on la voit très tendre avec le petit frère. Et Junior qui rêve de protéger sa mère ne sait comment se situer. Il va même jusqu’à lui dire qu’il ne l’aime pas provoquant sa réponse implacable « Moi non plus ». Junior lui sacrifiera alors ce qu’il a de plus cher.

Ce film questionne sur le rôle de la masculinité dans un pays comme le Venezuela, mais aussi dans tous les pays où les hommes désertent la maison et la paternité. Comment Junior pourrait-il s’y retrouver ? Ce film montre aussi le poids du regard que les autres portent sur chacun de nous et particulièrement appliqué aux enfants en devenir.

Maguy Chailley