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Cinéma

Cette rubrique est présentée par Pro-Fil

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Personal Shopper

(France, 2014, 1h39)

Réalisation : Olivier Assayas - Scénario : Olivier Assayas - Montage : Marion Monnier - Directeur de la photographie : Yorick Le Saux - Société de distribution France : Les Films du Losange.
Interprétation : Kristen Stewart (Maureen) ; Lars Eidinger (Ingo) ; Sigrid Bouaziz (Lara) ; Anders Danielsen Lie (Erwin).
Auteur :

Issu de plusieurs cultures, d'origine juive grecque par son père et calviniste hongroise par sa mère, Olivier Assayas réalise des films qui sont toujours des occasions de découvertes et de renouvellement. Passionné de Kung-Fu, il a rédigé pour les Cahiers du cinéma un numéro sur le cinéma en Asie. Trois de ses films illustrent la diversité de sa filmographie : Les Destinées sentimentales (2000) s'intéresse à une famille de porcelainiers de Limoges, L'Heure d'été (2008) aux objets héritages du passé et Sils Maria (2014) aux relations complexes entre deux femmes préparant un rôle dans une pièce de théâtre.

Résumé :

Maureen, une Américaine parisienne a perdu récemment son frère jumeau. Or ils 'étaient promis mutuellement que le premier d'entre eux qui décéderait donnerait des signes à l'autre, par-delà la mort. A l'affût de tout signe annonçant l'esprit de son frère, Maureen est assaillie de communications (y compris par SMS) qu'elle ne peut pas identifier. Puis la star pour laquelle elle travaille comme personal shopper est sauvagement assassinée.

Analyse :



Après le succès de Sils Maria qui avait obtenu aux Césars 2015 celui du meilleur film et du meilleur réalisateur, de la meilleure actrice pour Juliette Binoche, du meilleur scénario original (scénario d'Olivier Assayas) et de la meilleure photographie (pour Yorick Le Saux), Assayas, dans Personal Shopper, confie à Kristen Stewart (dans Sils Maria Valentine, assistante de la comédienne Maria Enders) le rôle principal qu'elle assume à la perfection. Le récit est centré sur Maureen, ce qu'elle voit, ce qu'elle entend, ce qu'elle sent, ce qu'elle fait. La caméra n'est pourtant pas subjective mais elle exprime les impressions de Maureen, ce qu'elle a 'dans sa tête'. Cet exercice de style de réalisation n'est pas immédiatement perceptible et peut en dérouter plus d'un qui trouvera des scènes maladroites, des ellipses gênantes, des effets spéciaux d'un autre temps. Autant d'indices semés pour le spectateur intrigué par le déroulement des événements. La confirmation de ce procédé ne se trouve qu'à la dernière minute quand Maureen demande à l'esprit frappeur : « C'est dans ma tête ? ». A quoi celui-ci répond d'un unique coup sourd : « Oui ! ». La confrontation entre le milieu de la mode qu'elle fréquente pour acheter ou emprunter des vêtements ou des bijoux coûteux pour sa patronne et le monde des esprits avec lequel elle tente de communiquer accroît le déséquilibre dans lequel elle se trouve. Cet écartèlement favorise sa solitude, qui se traduit par une utilisation immodérée des SMS et de Skype où seuls des êtres devenus uniquement numériques sont ses correspondants. Le spectateur se rend compte alors que ce qu'il voit 'dans la tête' de Maureen n'est peut-être pas une réalité objective et que certains événements ou même personnages ont pu être oblitérés ou inventés par l'héroïne. Chacun pourra alors établir son propre scénario, 'dans sa propre tête'…

Nicole Vercueil