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Cinéma

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Petit Paysan

(France - 2017 – 1h30)

Réalisation : Hubert Charuel - Scénario : Claude Le Pape, Hubert Charuel - Montage : Julien Léna, Lillian Corbeille – Photo : Sébastien Goepfert – Son : Marc Olivier Brullé, Emmanuel Augeard – Musique : Myd – Distribution : Pyramide
Interprétation : Swann Arlaud (Pierre), Sara Giraudeau (Pascale), Bouli Lanners (Jamy), Isabelle Chandelier (la mère), Jean Paul Charuel (le père), Marc Barbé (responsable DDPP), India Hair (Angélique)
Auteur :

Né en 1985, Hubert Charuel grandit dans le milieu de l’élevage laitier. Il décide de prendre une autre voie et sort diplômé de La FEMIS en production en 2011. Après plusieurs courts-métrages, il réalise son premier long-métrage en 2016, Petit paysan.  Sélectionné à la Semaine de la Critique, de Cannes 2017 (a concouru pour la Caméra d’Or).

Résumé :

Alors que les premiers cas d’une épidémie se déclarent en France, Pierre découvre que l’une de ses vaches est infectée. Il ne peut se résoudre à perdre ses bêtes. Il n’a rien d’autre dans sa vie et va tout tenter pour les sauver, c’est un impératif catégorique, un combat désespéré.

Analyse :



Par-delà le côté documentaire très intéressant (Hubert Charruel filme un monde qu’il connaît bien), Petit Paysan relate un combat singulier, celui de Pierre devenu paysan, à la suite de ses parents. Ceux-ci sont toujours à la ferme… cela semble gênant pour le frère et la sœur, surtout le frère. Une séquence les montre tous les quatre, au moment du repas, une tension diffuse règne entre eux. Et puis la sœur commence à annoncer une bonne nouvelle : les enfants payent des vacances en Corse à leurs parents. Cette idée provoque la réaction négative de la mère, qui ne comprend pas vraiment l’intérêt de s’en aller de la ferme, sans doute qu’ils n’ont jamais fait ça de leur vie, et elle ne voit pas pourquoi ils le feraient à leur âge etc. Alors Pierre explose de colère, la mère outrée quitte la salle, mais le père est plus conciliant, fait mine de s’intéresser au projet. Séquence-clé qui montre la nervosité de Pierre qui peu à peu va découvrir son inadaptation à ce monde difficile, qui nécessite un engagement fort, une certaine abnégation. La découverte à l’étable de la vache contaminée est une épreuve personnelle très dure. Pierre va devoir affronter une réalité qu’il dénie : si les services vétérinaires apprennent qu’il y a une vache malade, ils décideront l’extermination du troupeau. Pierre, qui refuse une telle perspective, ne se sent pas en confiance avec sa sœur, elle-même vétérinaire, ce qui n’arrange rien. Pascale représente « l’ordre médical », la norme. Pierre est seul, dramatiquement seul. Pas de copine, il y aurait bien la petite boulangère, amoureuse de lui, mais il n’est pas sensible à son charme. Il y a les autres paysans autour, des jeunes insouciants et bringueurs, il y a aussi un vieux paysan hanté par le risque d’épidémie, qui vient à tout moment lui demander conseil…Le jeune acteur au visage ravagé par l’anxiété et le doute exprime magnifiquement la solitude et le désarroi du personnage. Et le film prend une allure fantastique, quand la nuit il va brûler le corps de la vache malade, contrairement aux règlements sanitaires. Plus que l’aspect documentaire sur ce qui peut se passer dans nos campagnes, le film retrace une tragédie personnelle. De faux semblants en mensonges, Pierre devra assumer son destin et accepter de se séparer de ses vaches, son seul lien affectif. Il est dur le chemin de la vie. Très beau film sans fioriture, sans pathos, très personnel. 

Alain Le Goanvic