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Cinéma

Cette rubrique est présentée par Pro-Fil

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Quai d'Orsay

(France – 2013 – 1h53)

Réalisation : Bertrand Tavernier – Scénario : Bertrand Tavernier, Christophe Blain et Antonin Baudry (libre adaptation du tome 1 de la b.d. Chroniques diplomatiques (chez Dargaud) de Christophe Blain et Abel Lanzac, pseudonyme du diplomate Antonin Baudry - Photographie : Jérôme Alméras - Musique: Philippe Sarde – Montage : Guy Lecorne – Décors et direction artistique : Emile Ghigo – Costumes : Patricia Saalburg - Distribution : Pathé
Interprétation : Thierry Lhermitte – Raphaël Personnaz – Niels Arestrup – Bruno Raffaelli – Julie Gayet – Anaïs Demoustier – Thomas Chabrol – Thierry Chabrol – Thierry Frémont – Marie Bunel – Jane Birkin.
Auteur :

Bertrand Tavernier : né le 25 avril 1941 à Lyon, est un réalisateur, scénariste, producteur et écrivain français, président de l'Institut Lumière. Il fut d'abord assistant-réalisateur, attaché de presse et critique avant de passer à la mise en scène avec L'Horloger de Saint-Paul, film à la base d'une longue collaboration avec l'acteur Philippe Noiret (Que la fête commence, Le Juge et l'assassin, Coup de torchon, La Vie et rien d'autre, La Fille de d'Artagnan) et son premier succès critique. Éclectique, il a abordé plusieurs genres cinématographiques, de la comédie dramatique (Un dimanche à la campagne, Daddy Nostalgie) au film de guerre (Capitaine Conan) en passant par le film historique (Laissez-passer, La Princesse de Montpensier) ou le polar (L.627, L'appât). Plusieurs de ses films ont été récompensés, en France et à l'étranger. Quai d’Orsay a remporté le prix spécial du jury pour le meilleur scénario, au Festival de Saint Sébastien.

Résumé :

Le jeune Arthur Vlaminck, tout juste sorti de l’ENA, est engagé aux Affaires étrangères pour écrire les discours du ministre Alexandre Taillard de Worms. Au contact de ce personnage survolté, brillant, égocentrique, virevoltant et de son équipe, il va découvrir les coulisses de la diplomatie française à travers un premier poste qui le fait pénétrer dans la frénésie d’un cabinet ministériel pas tout à fait comme les autres, puisqu’il fonctionne 24h sur 24, au rythme des crises et des catastrophes internationales...mais « le langage » compte plus que tout pour le ministre et la « jeune plume » doit intégrer les règles de la diplomatie qui lui sont martelées : légitimité, lucidité, efficacité…

Analyse :



En adaptant le premier tome de l’ébouriffant roman graphique signé Christophe Blain et Abel Lanzac (alias Antonin Baudry), Bertrand Tavernier s’essaie pour la première fois à la comédie et à la satire politique avec succès en nous entraînant dans les coulisses du ministère des Affaires étrangères du temps de Dominique de Villepin à peine caricaturé (celui-ci s’en est amusé auprès de Thierry Lhermitte en lui laissant entendre qu’il était même en dessous de la vérité !). Bertrand Tavernier, en voulant transposer l’énergie de la BD, mais sans la reproduire, nous offre un vaudeville délicieux, rondement mené, dont le rythme et le brio ne faiblissent jamais jusqu’au point d’orgue, le fameux discours du 14 février 2003 à l’ONU qui ne nous laisse pas sans émotion. Sans jamais tourner les personnages en ridicule, il réussit une comédie intelligente et drôle, qui n’est pas sans rappeler les feel-good movies de l’âge d’or d’Hollywood et plus proche de nous, mais plus caustique, In the loop, film anglais d’Armando Iannucci en 2009, qui racontait la vie du cabinet de Blair. Les acteurs sont remarquables, Lhermitte campe un ministre délirant, « stabilotant » et citant Héraclite à tout va…Niels Arestrup dans un rôle très inhabituel de directeur de cabinet est magistral, certains ont même dit « immense », Raphaël Personnaz est parfait dans le rôle de jeune chargé de mission ingénu qui découvre les codes et le jargon diplomatiques. Tous s’amusent et nous amusent follement, ce qui n’est pas si fréquent par les temps qui courent.

Dominique Sarda