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Cinéma

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Quand vient la nuit (The Drop)

(USA - 2014 - 1h47)

Réalisation : Roskam, Michaël R. - Scénario : Denis Lehane d’après sa nouvelle « Animal rescue » - Photo : Nicolas Karakatsanis - Montage : Christofer Tellefsen - Musique : Marco Beltrami
Interprétation : Tom Hardy ( Bob Saginowski), Noomi Rapace (Nadia), James Gandolfini (cousin Marv)
Auteur :

Michael R. Roskam est un cinéaste belge flamand né en 1972. Après des études de graphiste, il s’essaye aux courts métrages à partir de 2002 et réalise son premier long métrage, Bullhead ,en 2011. Celui-ci est couvert de récompenses notamment à Beaune et à Saint Jean de Luz. Il part alors pour les USA où il réalise Quand vient la nuit.

Résumé :

Bob Saginowski, barman solitaire, suit d’un air désabusé, le blanchiment de l’argent de la mafia basé sur des bars dépôts de Brooklyn. Il recueille un chiot maltraité, une preuve d’amour dans un monde dur où son passé va resurgir et l’entraîner dans un engrenage diabolique.

Analyse :



Quand vient la nuit est sans conteste un film noir dans la grande tradition américaine mais revu avec un œil européen et, comme dans son précédent film, Bullhead, Roskam privilégie les personnages à l’action. Ainsi, Bob est décrit comme un bon garçon solitaire, un peu mou, à la limite de l’autisme avant de dévoiler, peu avant la fin, sa vraie nature. De même son patron, le cousin Marv, n’a rien de la bonhomie que la silhouette de l’acteur suggérerait. L’amour et l’innocence se réfugient dans le chiot martyrisé, en opposition avec la dureté du monde extérieur mais comme le dit Nadia, seul personnage sain du film, un pitbull n’est dangereux que si son maître l’est. La violence est toujours présente mais en second plan, les confrontations entre les protagonistes restant avant tout mentales. Une nouvelle fois, Roskam place son histoire dans un contexte familial, ici un oncle et son neveu . D’un bout à l’autre, le spectateur est maintenu sous pression grâce au jeu nerveux des acteurs, à la caméra rapide et au plus près des visages et à la musique de Marco Beltrami, spécialiste des thrillers (The Homesman, Snowpiercer). Le réalisme se retrouve aussi dans le regard porté sur une Amérique en mutation où les églises catholiques sont rachetées par de puissants trusts immobiliers et où les petits voyous d’hier sont supplantés par des organisations mafieuses venues de l’Europe de l’Est. Roskam a amené avec lui, à Brooklyn, son équipe technique belge, le directeur de la photo et le chef opérateur, ce qui donne au film cette unité et cette maîtrise esthétique parfaites. Ce film noir n’accorde qu’une place secondaire à l’action et nous montre des personnages solitaires et sans amour, souffrant du poids de leur passé. La seule note d’optimisme ne vient pas des hommes mais d’un animal, grâce auquel Bob et Nadia pourraient peut-être trouver l’amour même si le petit chien est un mélange d’innocence et de férocité potentielle puisque c’est un pitbull.

Jean Wilkowski