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Cinéma

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Red Amnesia (*Amnésie Rouge)

(Chine – 2016 – 1 h 45 min)

Réalisation : Wang Xiaoshuai - Scénario : Wang Xiaoshuai, Fang Lei et Li Fei - Musique : Umeit - Montage : Hongyu Yang - Décors : Lou Pan - Distributeur France : Les Acacias
Interprétation : Lü Zhong (Deng), Shi Liu (le garcon), Feng Yuanzheng (le fils ainé), Hao Qin (le fils cadet)
Auteur :

Wang Xiaoshuai, est un réalisateur chinois. Bien que censuré dans son pays il est très apprécié en Occident. Pour sa filmographie abondante il remporte plusieurs prix internationaux, dont l’Ours d’argent à la Berlinale de 2001 avec Beijing bicycle et le Prix du jury à Cannes en 2005 pour Shanghai dreams. Red Amnesia a été présenté à Venise en 2014.

Résumé :

Deng Meijuan est une veuve qui passe son temps à s’occuper des autres : ses deux fils pour lesquels elle prépare inlassablement des repas et qui voudraient bien qu’elle les laisse un peu vivre leur vie, et sa vieille mère. Une vie tranquille jusqu’au jour où elle est harcelée par des appels téléphoniques silencieux et pense être suivie par un jeune homme dans la rue.

Analyse :



Malgré cette présentation et la classification qui en a été parfois faite, ce film n’est pas un thriller. Certes on ressent l’angoisse que peut procurer cette sonnerie stridente du téléphone (couleur rouge !) ; mais on est au départ plutôt intrigué par ce film et par son propos. Deng est suractive ; elle n’arrête pas : elle s’occupe de beaucoup de monde et en particulier est très intrusive dans la vie de ses fils, particulièrement de son cadet dont elle réprouve silencieusement l’homosexualité. Mais elle présente également des signes parfois inquiétants comme celui de parler régulièrement avec son mari mort. De sorte que l’on se demande si elle ne vit pas un cauchemar, si elle n’est pas victime d’hallucinations, si elle a bien toute sa tête. Ce qui donne au film une atmosphère d’emblée étouffante, fascinante et en même temps quelque peu déroutante. Quelques spectateurs ne sont pas allés au-delà et ont quitté la salle. C’est dommage car tout s’éclaire dans le dernier tiers du film dont on comprend, à rebours, la signification du titre, quelque peu énigmatique. Non elle ne rêve pas, non elle n’est pas sénile ; elle est tout simplement rattrapée par un passé lourd et son rôle dans la révolution culturelle. Ce qui donne alors au film toute sa dimension historique et émotionnelle. C’est un terrain souvent labouré par le réalisateur qui a vécu cet épisode tragique de l’histoire du maoïsme et dont les parents ont été des exilés de l’intérieur, au moment où le gouvernement n’hésitait pas à déplacer des populations entières d’une région à une autre, soit pour des raisons stratégiques, soit pour des raisons économiques.

Le film a également une dimension sociale. Il nous raconte les effets sur la population des changements opérés par une Chine accaparée par un capitalisme qui ne profite pas à tous et oublie des populations entières, en quête d’une vie meilleure ou tout simplement d’un logement décent. Mais il le fait par touches subtiles et en ce sens le réalisateur ne nous déçoit pas. Il utilise sa caméra avec beaucoup d’habileté. Qu’elle soit fixe ou à l’épaule il nous fait pénétrer dans cette intimité familiale, dans les méandres de la psychologie de Deng et dans un certain modèle de société qui n’est pas celui dont on parle lorsqu’il est question de la Chine à l’extérieur. Un beau film, qui se mérite ! 

Marie-Jeanne Campana