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Cinéma

Cette rubrique est présentée par Pro-Fil

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Red Army

(Documentaire, Etats-Unis, 2014, 1H25)

Réalisation : Polsky Gabe -Scénario : Gabe Polsky - Montage : Eli Despres, Kurt Engfehr - Musique : Christopher Beck, Leo Birenberg - Production : Gabe Polsky - Distribution France : ARP Selection
Interprétation : Viacheslav Slava Fetisov (lui-même), Vladislav Tretiak (lui-même), Scotty Bowman (lui-même), Anatoli Karpov (lui-même), Alexeï Kasatonov (lui-même), Vladimir Pozner (lui-même)
Auteur :

Né en 1979, Gabe Polsky est un producteur et réalisateur américain. Avec son frère Alan, il a fondé la société de production Polsky films en 2006 à Los Angeles, obtenant un grand succès trois ans plus tard avec Bad lieutenant de Werner Herzog. Il s’est ensuite tourné vers la réalisation avec The Motel life (2012), deux ans avant Red Army.

Résumé :

A l’époque de la Guerre froide entre les Etats-Unis et l’URSS, la mythique équipe soviétique de hockey sur glace, Red Army, réussissait, sous la houlette du KGB et au prix de séances d’entraînement draconiennes, à battre toutes les équipes occidentales, même les Canadiens. L’ancien capitaine « Slava » Fetisov raconte son incroyable destin, de l’URSS aux années Poutine.

Analyse :



Ce documentaire passionnant comporte un intérêt triple : sportif, historique et humain. Sport le plus populaire en URSS, le hockey sur glace servait de vitrine aux dirigeants soviétiques pour démontrer la « supériorité » du communisme sur le capitalisme et Gabe Polsky s’est attaché à faire parler la star de l’époque, le capitaine Slava Fetisov, également officier du KGB, dont le palmarès et le destin sont très impressionnants. Son interview, qui constitue l’ossature du film, avec des images d’archives de l’Est et de l’Ouest et des témoignages, porte d’abord sur sa vie de petit garçon « heureux » derrière le rideau de fer puis de sportif vedette. Il rend un hommage appuyé à son entraîneur de génie Anatoli Tarasov qui avait conceptualisé un jeu de hockey très collectif, presque fusionnel, avec des emprunts au jeu d’échecs et au ballet du Bolchoï. Red Army devint imbattable à la fin des années 1970 et de 1979 à 1990, elle fut 8 fois championne du monde ! Ce fut ensuite -- avec un nouvel entraîneur présenté comme sans état d’âme ni humanité, Viktor Tikhonov -- les années de « glaciation » Brejnev, la Perestroïka, l’ouverture à l’Ouest avec toutes les tentations et défections et enfin les années postsoviétiques. Fetisov fut un temps considéré dans cette tourmente comme un ennemi du peuple mais il est resté russe et « patriote ». Gabe Polsky avait failli faire une carrière de hockeyeur sur glace et il connaît parfaitement son sujet, aussi bien sportif que politique. Il s’attache à montrer comment les idéologies déterminent la vie des hommes, qu’elles peuvent même briser. De même que Foxcatcher (Bennett Miller, 2014) racontait, au-delà d’une histoire de champions de lutte, la société américaine, Red Army évoque l’histoire mondiale du 20ème siècle. Gabe Polsky sait aussi faire aller sa caméra pour surprendre sur tel visage les regrets, les non-dits ou les souffrances. Le film est enfin une très émouvante histoire d’amitié entre cinq jeunes champions, autour de Fetisov, devenu longtemps après homme d’affaires, ministre de Vladimir Poutine et organiseur des JO de Sotchi en 2014.

Françoise Wilkowski-Dehove