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Cinéma

Cette rubrique est présentée par Pro-Fil

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Réparer les vivants

(France 2016, 1h43)

Réalisation : Katell Quillévéré - Katell Quillévéré, coscénariste Gilles Taurand - Image de Tom Harari - Musique d'Alexandre Desplat - Montage par Thomas Marchand - Distribution France : Mars Films
Interprétation : Gabin Verdet (Simon), Emmanuelle Seigner (Marianne sa mère), Kool Shen (Vincent le père), Bouli Lanners (le docteur Pierre Revol), Tahar Rahim (Thomas Remige), Anne Dorval (Claire)
Auteur :

Katell Quillévéré, née en 1980 à Abidjan d'une enseignante et d'un ingénieur, fait ses études de cinéma (et philosophie) à l'université, faute de Fémis. Ses deux premiers longs métrages seront remarqués (Un Poison violent, prix Jean Vigo 2010 ; Suzanne, 2013), Réparer les vivants est le troisième. Elle a été scénariste de tous ses films, et de plusieurs de son compagnon Hélier Cisterne.

Résumé :

Simon, jeune surfeur passionné, est victime d'un accident de la route qui le laisse en mort cérébrale. Les responsables de l'hôpital envisagent un don d'organe, et une femme mûre au cœur en fin de parcours en serait bénéficiaire. Autour d'eux, les familles. Le roman éponyme est de Maylis de Kerangal.

Analyse :



Aux joyeuses images des trois jeunes gens se précipitant vers leur passion, le surf, succèdent celles magnifiques de leur combat avec les vagues dans le crépuscule matinal. Puis vient l'accident, et le film démarre.

La transition est forte avec le second fil du récit, une femme vieillissante, mal résignée à sa fragilité cardiaque. Et dès que l'on pénètre l'hôpital, le lien est établi : don d'organe, comme l'annonce le titre du film.

L'aspect documentaire va désormais dominer, l'accent étant mis par-dessus tout sur le respect que manifestent à l'égard des parents du donneur potentiel les praticiens du prélèvement. On prend conscience des caractéristiques qui pèsent cruellement sur l'étape de l'acceptation (souvent, en outre, relative à un être jeune) : la situation de 'mort cérébrale', avec fonctionnement physique entretenu pour que les organes restent fonctionnels, fait croire à un sommeil plutôt qu'un décès ; et l'urgence nécessaire de la prise de décision ne doit en rien conduire à donner l'impression qu'il faut décider dans un sens plutôt que l'autre. On découvre l'importance de l'accompagnement apporté aux parents par le personnel hospitalier impliqué, et la délicatesse qu'il exige. Cette dimension psychologique est complétée par une partie opérationnelle certes spectaculaire, mais bien moins utile pourra-t-on juger, sur les actes techniques du prélèvement d'organe, du transport, sur l'organisation de cette chaîne, et sur la transplantation finalement.

Le choix d'avoir mis un corps jeune au service de la survie d'une personne déjà usée peut sembler courageux, mais correspond sans doute à une réalité assez fréquente. Les deux côtés de l'histoire sont présentés avec un souci de non-schématisation qui nous entraine parfois dans le détail des existences. Mais, bien qu'il semble naturel au spectateur de prendre connaissance des deux parties concernées, il est rappelé fortement qu'à aucun moment elles n'auront conscience de leur identité respective, l'anonymat réciproque étant une règle d'or en l'occurrence. Ce film plaidoyer a la sagesse de faire passer un message factuel, comment cela se passe, bien plus que moral : de quel côté est le devoir ? Il sait nous captiver, tout en évitant au maximum le piège du pathos.

Jacques Vercueil