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Cinéma

Cette rubrique est présentée par Pro-Fil

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Room 237

(USA – Documentaire - 2012 – 1h42)

Réalisation : Rodney Ascher - Musique : Jonathan Snipes – Producteur : Tim Sirk-Distribution : Wild Bunch – film présenté à La Quinzaine des Réalisateurs (Cannes) et au Festival de Sundance en 2012.
Interprétation : Commentateurs (en off) : Jay Wedner, Buffy Visick, Bill Blakemore, Geoffrey Cocks, Juli Keams, John Fell Ryan…
Auteur :

Réalisateur américain de courts métrages, de quelques documentaires, de séries TV américaines, Rodney Ascher est également spécialiste des effets visuels (appliqués à ses propres films), producteur, scénariste.

Résumé :

Composé de neuf chapitres, le film a pour ambition de découvrir les secrets que cacherait Shining, le célèbre (et onzième) film de Stanley Kubrick, paru il y a plus de trente ans (1979). Etourdissante tentative de donner sa véritable signification au film il est vrai étrange dans l’œuvre de Kubrick, Room 237 est une exploration des multiples théories échafaudées par des critiques enthousiastes et (un peu) déjantés.

Analyse :



Kubrick s’est essayé à beaucoup de genres cinématographiques (guerre, science fiction, histoire,  thriller, péplum !), mais ce qui frappe, quand on regarde ses treize films, c’est que chacun échappe en réalité à toute classification étroite.  La preuve de son génie est là, les films de Kubrick révèlent une pensée, une réflexion, une critique philosophique de l’existence humaine. Avec 2001, Odyssée de l’espace- mais aussi Barry Lyndon, Docteur Folamour, Eyes wide shut – le réalisateur veut faire passer un message qui s’adresse directement  ou indirectement à nous, même si l’histoire proprement dite semble vouloir capter notre attention. Le propos du réalisateur de Room 237 est passionnant, car il pose très clairement le problème de l’interprétation d’un film, et de savoir si on peut s’autoriser à dégager le « vrai » sens d’une œuvre, sans le moindre élément déclaratif provenant de  l’auteur lui même ! La réponse est oui, en tout cas pour Kubrick car j’estime que ce cinéaste a montré des signes d’un certain ésotérisme (évident dans son dernier, Eyes wide shut). Les commentateurs des images de Shining, mais aussi de plusieurs autres films du maître, partent souvent d’un détail de telle ou telle image pour élaborer une théorie. Et d’affirmer que le cinéaste ne faisait rien au hasard, ce qui est tout-fait-plausible, quand on sait le travail de précision qui présidait à la réalisation de chacun de ses films. Par exemple, Shining serait une évocation subliminale du génocide indien, en particulier dans le Colorado (où est censée se passer l’action), ou encore le rappel de l’holocauste des juifs dans l’Allemagne nazie ! Par deux fois, apparaît une boîte de conserve appelée « Calumet » (l’allusion est évidente) - ou encore, savez vous que 237 donne 1942 par multiplication des trois chiffres ? (1942, année de décision de la « Solution Finale »).

Il y a aussi une extraordinaire évocation du générique (que l’on voit plusieurs fois), qui confirme l’importance de tout début de film, générique, première séquence, où s’affirment les termes et les thèmes du récit qui va suivre.

Ce délire interprétatif à plusieurs voix (non dénué d’humour et de plaisir intellectuel) ouvre des portes à toute analyse plus élaborée d’un film, (c’est libératoire), et exprime  très clairement l’amour immodéré du cinéma !

Mais, n’est ce pas un peu notre cas, n’est ce pas ? 

Alain Le Goanvic