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Cinéma

Cette rubrique est présentée par Pro-Fil

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Sage femme

(France – Belgique - 2017 – 1h57)

Réalisation : Martin  Provost - Scénario : Martin Provost - Directeur de la photo : Yves Cape - Distribution France : Memento Films Distribution - Monteur : Albertine Lastera - Musique : Grégoire Hetzel - Producteur : Olivier Delbosc
Interprétation : Catherine Frot (Claire) Catherine Deneuve (Béatrice) Olivier Gourmet (Paul) Quentin Dolmaire (Simon) Milène Demongeot (Rolande) Pauline Etienne (patiente)
Auteur :

Martin Provost est né en 1957 à Brest.  A 18 ans il entre au cours Simon et devient un acteur remarqué, pensionnaire de la Comédie française, invité au festival d’Avignon. A 30 ans, il cesse toute activité théâtrale et se consacre à l’écriture et au cinéma, sa première passion, qui lui vient de son grand-père avec qui il a tourné enfant une adaptation de Pierre et le Loup. Ce sont les personnages de femme qui l’inspirent en particulier : il tourne Le Ventre de Juliette, en 2002, puis en 2009 Séraphine, incarnée par Yolande Moreau (7 Oscars du cinéma). En 2012 il tourne Violette, avec Emmanuelle Devos. Sage-femme est son dernier film, lui aussi consacré à des destins féminins singuliers. 

Résumé :

Claire est sage-femme dans une maternité de banlieue. Claire est sérieuse, rigoureuse, totalement investie dans son rôle social : aider. Mais la maternité va bientôt fermer : pas assez rentable à une époque où la rentabilité prime sur le service social. A ce souci s’ajoute un vrai bouleversement : l’arrivée inopinée dans sa vie de Béatrice, l’ancienne maîtresse de son père, qui il y a 30 ans avait disparu sans explication. Béatrice, excentrique et fofolle, est aux antipodes de Claire. Claire dont la vie a été dévastée par le suicide de son père peu après le départ de Béatrice.

Analyse :



Martin Provost met en scène cette fois encore des destins féminins bouleversés, des femmes qui s’efforcent de revenir à la vie : celle qui leur a échappé ou qui a été mal vécue. Catherine Deneuve, dans le rôle de Béatrice, l’ex-maîtresse du père, nous émerveille par son talent à exprimer la complexité d’une femme successivement horripilante et touchante : Béatrice parle tout le temps, s’agite sans cesse, court sans raison, elle parle d’elle, ne pense qu’à elle, impose à Claire des cadeaux dont elle ne veut pas, généreuse et égoïste tout à la fois. Horripilante. Mais Béatrice est atteinte d’un cancer : il est l’heure pour elle de rendre des comptes, de réparer ce qui peut encore l’être. Et elle qui ne pensait qu’aux plaisirs qu’elle pouvait retirer de la vie, va tout doucement sentir qu’elle peut aussi en donner. Elle qui dit ne jamais avoir  eu d’amies, face à sa solitude, perçoit peu à peu le désarroi de Claire. Touchante alors, elle jette sur Claire le regard d’une mère : Claire, une fille d’adoption ?

Si vous aimez Catherine Frot, vous allez vous régaler car une fois encore elle occupe l’espace : avec ses intonations, ses mimiques, sa fausse maladresse et ses faux airs prudes, elle est aussi cocasse qu’émouvante. Emouvante surtout, quand dans sa blouse bleue de sage-femme, elle accompagne les jeunes mères dans la mise au monde de leur bébé : nous voyons, à 6 reprises, le miracle de la naissance  à l’écran. Pour de vrai.

Emouvante encore quand elle finit par entendre la détresse cachée de Béatrice et découvre sa générosité maladroite, celle d’une femme profondément seule qui veut, dans le temps qui lui reste, tout donner et plus encore, pour tenter d’adoucir, de réconcilier, d’apaiser.

C’est un regard touchant de sensibilité et d’intelligence que Martin Provost pose sur ces femmes dans une comédie douce-amère.

Françoise Lods