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Cinéma

Cette rubrique est présentée par Pro-Fil

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Sans adieu (Documentaire)

(France – 2017 – 1h39)

Réalisation : Christophe Agou - Photographie : Christophe Agou - Son : Christophe Agou et Côme Jalibert - Montage : Virginie Danglades - Musique : Stuart Staples - Société de production : Les Enragés (Aurélie Bordier et Pierre Vinour) - Distribution : New Story
Interprétation :
Auteur :

Sans adieu est le seul film du photographe François Agou (1969-2015). Habitant New York, il est revenu de 2002 à 2015 dans son Forez natal pour filmer les paysans de petites fermes d’altitude autour de Montbrison. Il en a tiré un livre Face au silence, (2010, Actes-Sud, co-auteur : John Berger), couronné du 17e Prix européen de la photographie. Avant sa mort, d’un cancer, il avait réussi à faire un premier montage qu’a repris et resserré Virginie Danglades. Sans adieu a été présenté à Cannes dans la sélection d’ACID (Association du cinéma indépendant pour sa diffusion)

 

Résumé :

Claudette, 75 ans, se bat pour rester digne face à aux changements et aux exigences d’une société qu’elle ne comprend plus. Comme elle, Jean, Christiane, Jean-Clément, Raymond, Mathilde et tous les autres résistent et luttent au quotidien contre la solitude et l’abandon 

Analyse :



Dans la lignée de la Trilogie sur le monde paysan de Raymond Depardon et parallèlement à la sortie de Petit paysan, film de fiction d’Hubert Charuel, voici un documentaire âpre et émouvant qui nous donne à voir, sans pathos et avec une louable sobriété, un monde en déshérence, en train de mourir dans une indifférence généralisée.

C’est celui d’une microsociété rurale, de petits paysans attachés à leurs biens, à leurs bêtes et à des façons de gérer leurs fermes qui semblent être d’un autre temps. Par moments, on se demande en quel siècle vivent les protagonistes de ce film tant les intérieurs témoignent d’un dénuement, d’une vétusté, d’un chaos, et disons-le d’une crasse qui évoqueraient plus La terre de Zola (1887) que des exploitations du début du 21e siècle.

François Agou filme en lumière naturelle, avec un équipement minimal, une simple caméra numérique. Pas de cadrages léchés, des prises de vue souvent au niveau du sol (la séquence de début qui met aux prises une oie et un chien est une vraie splendeur), un éclairage parfois rudimentaire et une vraie proximité tant avec les animaux omniprésents qu’avec les personnes dont, c’est perceptible, le réalisateur a su gagner la confiance. Une caméra qui filme tout et de près, qui s’attache aux détails, une caméra obstinée, mais jamais indiscrète, toujours respectueuse des personnes.

Car il y a Claudette 75 ans qui crève l’écran de sa colère et de ses imprécations, engueule son chien qu’elle adore, nourrit ses poules dans une vieille voiture, compte à toute allure pour conclure « ça fait pas bien de sous » et qui crie dans le téléphone son incompréhension des dictats absurdes de l’administration : «  … avoir un bien et pis le donner à qui on veut pas, eh ben, c’est pas normal ! ». Il y a Jean, le vigneron qui ne se console pas de la mort de son frère. Il y a Jean-Clément qui refuse le fameux principe de précaution, et regarde ses vaches suspectes d’être malades en criant aux responsables du contrôle sanitaire « … parce que c’est un morceau de nous-mêmes qu’on emmène ce soir » ; et la caméra recule et montre sa femme qui, sans rien dire, lui prend la main.

François Agou a donné la parole à celles et ceux qui ne l’ont jamais, qui luttent contre la vieillesse, la maladie, la déchéance avec une force de vie, une dignité, un bon sens, et même un humour admirables. Ce sont eux qui apportent un peu de lumière dans un film qui serre le cœur et qui, malgré son titre, ressemble à un adieu à un monde en train de disparaître. 

Nic Diament