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Cinéma

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Shirley : Visions of reality (Visions de la réalité *)

(GB/Autriche – 2014 -1h33)

Réalisation : Deutsch Gustav - Scénario Gustav Deutsch - Montage Gustav Deutsch – Photo: Jerzy Palacz – Son : Christoph Amann – Chef décorateur : G. Deutsch - Chef peintre : Hanna Schimek Distribution : KMBO Paris
Interprétation : Shirley (Stéphanie Cumming), Stephen (Christoph Bach). Mr Antrobus/Spectateur (Florentin Gall), Mrs Antrobus/Spectatrice (Elfriede Irral)
Auteur :

Gustav Deutsch est un artiste et cinéaste autrichien. A la fin des années 1980, après des études d’architecture, il s’est lancé dans le cinéma et l’art. Sa démarche est singulière et originale, étudiant la phénoménologie du film comme médium. Trois films expérimentaux, FILM IST., ont été réalisés en étroite collaboration avec les archives cinématographiques d’Europe et d’Amérique. Shirley –Visions of reality a été projeté en première mondiale à la Berlinale de 2013.

Résumé :

En hommage à la peinture d’Edward Hopper et à la vie quotidienne américaine des années 1930 aux années 1960, il met en scène treize de ses tableaux prenant vie et restituant le contexte social, politique et culturel de l’époque. Une femme, Shirley, modèle unique et calme, introduit une fiction au sein de la réalité, donnant une vision multidimensionnelle à la peinture, et repoussant les limites du cinéma.

Analyse :



La question de la relation entre ‘peinture ‘ et ‘cinéma’ ne se pose pas ici : le cinéma se met tout bonnement au service des tableaux de Hopper (dont tant de cinéastes se sont inspirés, à commencer par Hitchcock et Wenders), et le travail très élaboré du cinéaste-scénariste-architecte-monteur-décorateur conduit à faire respirer l’œuvre picturale. L’espace du tableau devient l’espace du film, la mise en scène recherchée par le cinéaste donne vie au monde du peintre. Une femme, surtout, est ‘mise en scène’ dans les tableaux minutieusement reconstitués ; par-exemple : la femme assise sur un lit et qui regarde par la fenêtre (vers le hors champ !) ou la secrétaire dans le bureau du patron. Dans les premières secondes de la séquence, on voit le tableau, on prend le temps de le reconnaître et/ou de le contempler, puis subtilement le personnage féminin bouge, peut-être aussi l’homme qui est à ses côtés. Côté son, qu’y a-t-il ? la musique de John Cage, des rythmes jazz ou rock and roll…et une voix off masculine, une voix de radio, qui donne des nouvelles politiques ou de faits divers, avec la date précise, et même l’heure. Il y a le off et le hors-champ, la chair d’une réalité imaginée (les faits relatés- comme un voyage de JF Kennedy ou la campagne électorale de Nixon, un accident dans la 110ème rue -) et éternisée par la magie de la vision cinématographique. De plus, on entend la voix off de Shirley, elle raconte sa vie, et donne l’épaisseur humaine qui semblait manquer. La lumière – celle qui vient de l’extérieur la plupart du temps- joue un rôle majeur : « la conception de la lumière a pris autant de temps que le tournage » dixit Deutsch. Chapeau au directeur de la photo, qui a su si bien travailler sur les jeux d’ombre et de lumière ! Et à Hanna Shimek, compagne et collaboratrice, qui a assuré la conception des couleurs, travail difficile car il a fallu utiliser en numérique toutes les nuances de la palette de Hopper.

Le résultat est un film extraordinaire proposant une double vision de la réalité, celle de Hopper, et celle du cinéaste, transposée sans trahison dans un contexte historique. Et j’ajouterai : les images et les sons de cette ‘réalité’ sont un tremplin à l’imaginaire du spectateur lui-même. Un flux d’images nous envahit au son de la voix de Martin Luther King dans « I have a dream »…alors grandit notre émotion, surprenante dans un film plutôt expérimental !

Mots-clés : Hors champ, voix off, espace pictural, espace filmique, lumière

Alain Le Goanvic