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Cinéma

Cette rubrique est présentée par Pro-Fil

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Silence

(Etats-Unis – 2016 – 2h41)

Réalisation : Martin Scorsese - Scénario : Jay Cocks et M. Scorsese – Photographie : Rodrigo Prieto -Montage : Thelma Schoomaker - Musique : Kim Allen Kluge, Kathryn Kluge - Distribution : Metropolitan Filmexport
Interprétation : Andrew Garfield (Sebastian Rodrigues), Adam Driver (Francisco Garupe),Tadanobu Asano (l’interprète), Ciaron Hinds (Valignano), Liam Neeson (Christovao Ferreira), Issey Ogata (Inoue)
Auteur :

L’œuvre cinématographique de Martin Scorsese, né en 1942, est considérable, témoignant de sa grande curiosité affective et intellectuelle pour les marginaux, les minorités. Ses œuvres majeures rendent compte de son souci de l’humain en proie au doute et à l’injustice, à la tentation de la délinquance, sinon de la rupture avec la société: Taxi Driver, Raging Bull, Les affranchis, The gangs of New York, Le Loup de Wall Street... Silence renoue avec une thématique religieuse, abordée dans La dernière tentation du Christ, Kundun, A tombeau ouvert.

Résumé :

Ce 24ème long métrage est adapté d’un roman du Japonais, converti au catholicisme,  Shusaku Endo, publié en 1966. Il part d’un fait historique des années 1640 : l’apostasie mystérieuse de pères jésuites venus en mission d’évangélisation au Japon. Deux frères sont à la recherche du Père Ferreira…

Analyse :



Faire un film de presque trois heures sur une histoire d’apostasie révèle une fois encore les talents d’auteur remarquables de Martin Scorsese Si le récit est mené de manière très classique, l’aventure des deux frères dans un Japon hostile, Sebastian et Francisco, comporte une bonne dose de suspense. Il est aussi marqué par une interrogation fondamentale : que faire devant le « silence de Dieu » alors que les adversaires persécutent les chrétiens ? Quand on voit le raffinement exercé par les Japonais (dont l’un est appelé « L’Inquisiteur » !) pour peser sur la culpabilité des frères devant les exécutions cruelles des paysans convertis, on comprend leur reniement, leur apostasie (terme créé au 16ème siècle). Et Ferreira, le Père qui a formé Sebastian, nous devient sympathique dans sa vérité humaine. Scorsese a le secret des images fortes. Ainsi la triple crucifixion au début du film devant une mer déchaînée, vue sous plusieurs angles différents ; ou l’exécution par le feu sous les yeux effarés des frères jésuites. Quel est le sens du sacrifice dans le christianisme en ce monde des 17ème et 18ème siècles, au temps de François Xavier, en mission au Japon ? Il écrivait : « Je ressens l’obligation de perdre ma vie corporelle pour porter secours à la vie spirituelle du prochain » et de citer St Marc : « Car celui qui veut sauver sa vie la perdra ; mais celui qui perdra sa vie à cause de moi et de l’Evangile, la sauvera. » Il reconnaît cependant qu’en se confrontant au risque de la mort physique « les mots pourtant si clairs viennent à s’obscurcir eux-mêmes ». Alors le silence qui accompagne l’apostasie de Ferreira, sa conversion au bouddhisme, est-il une protection de son être intérieur.

Quelle est la victoire des persécuteurs qui arrivent à obtenir le reniement de Ferreira et celui de Sebastian ? La dernière image de ce film très personnel, malgré un côté hollywoodien, donne une réponse belle et étrange. Vivre, faire vivre au-delà de la mort du corps. La renonciation au Christ n’était-elle qu’extérieure à l’être profond ? 

Alain Le Goanvic