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Cinéma

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Snowden

(Etats-Unis/Allemagne/France - 2016 - 2h14)

Réalisation : Oliver Stone - Oliver Stone, coscénariste Joseph Gordon-Levitt (Edward Snowden), Shailene Woodley (Lindsay Mills), Melissa Leo (Laura Poitras), Zachary Quinto (Glenn Greenwald), Rhys Ind-fans (Corbin O'Brian), Nicolas Cage (Hank Forrester) Kieran Fitzgerald d'après les livres The Snowden Files (Luke Harding) et Time of the Octupus (Anatoli Koutcherena) - Image, Anthony Dod Mantle - Montage, Alex Marquez - Distribution France, Pathé
Interprétation : Joseph Gordon-Levitt (Edward Snowden), Shailene Woodley (Lindsay Mills), Melissa Leo (Laura Poitras), Zachary Quinto (Glenn Greenwald), Rhys Ind-fans (Corbin O'Brian), Nicolas Cage (Hank Forrester)
Auteur :

Oliver Stone est né en 1946 à New York d'une Française et d'un financier de Wall Street. Engagé au Viêt Nam, il en ramène de prestigieuses décorations ainsi que révolte et dégoût face à l'État et sa violence. Il étudie le cinéma à New York (1971) avec pour professeur Martin Scorsese, qui l'apprécie. Ses premiers grands succès s'inspirent de ce qu'il connaît : Platoon (1986) ; Wall Street (1987). Plusieurs de ses nombreux films reflètent une passion très critique envers son pays et son histoire politique, exprimée dernièrement dans la série télévisée Oliver Stone - États-Unis, l'histoire jamais racontée (2013).

Résumé :

Edouard Snowden est un jeune et brillant informaticien, employé des services secrets étatsuniens. Indigné par la façon dont ceux-ci utilisent leur puissance pour espionner quiconque, en toutes circonstances et au mépris de la Constitution de leur pays ("le terrorisme est le prétexte, le pouvoir est le but"), il prend le risque de s'élever contre eux, au sacrifice de sa carrière... et bien plus.

Analyse :



Le handicap des reconstitutions d'événements récents, c'est qu'ils sont privés de tout suspense par la connaissance que l'on a de leur aboutissement. Dans le récit d'espionnage, de cache-cache et de révélations que Stone a mis en scène, ne sont vraiment à découvrir que les avatars psychologiques de l'angelot à face benoîte qui a fait trembler les puissants du monde - bien à tort, peut-on constater après coup, même si Madame Merkel (chancelière allemande) et quelques autres ont pu se vexer d'avoir été observés par un trou de serrure.

Le film démarre à Hong-Kong sur un Rubik’s cube manipulé en aveugle par un promeneur : on découvrira peu à peu le triple rôle de cet objet coloré, qui annonce le génie informatique, sert d'identifiant aux conspirateurs, et permettra l'exfiltration de la puce aux secrets. De quoi concocter un nouveau James Bond, mais nous en resterons loin, malheureusement. Après la rencontre des journalistes avec Snowden, une série de flashbacks entrecoupés de retours à Hong Kong où se poursuit le dénouement nous fait connaître l'itinéraire, tout de zèle et de conviction, qui a conduit Snowden à se faire accuser de trahison par les autorités de son pays révéré. La place considérable donnée à ses relations avec sa compagne, et les défilements de lignes de code montrant que le héros est un grand pirate, encombrent le long cortège des multiples services secrets où circule Snowden au cours de sa brève carrière et dont les responsables nous sont dépeints comme surtout irresponsables.

Il était utile de mettre à l'écran cette énorme affaire qui a perturbé de nombreux gouvernements, à commencer par celui des Etats-Unis pris la main dans le sac par ses pairs étrangers. On se réjouira, sans naïveté cependant, des ajustements législatifs pris à la suite du scandale ; mais on regrettera de devoir passer plus de deux heures à suivre une histoire sans vrai rebondissement, à peu près aussi terne que son courageux héros. Dommage que Stone, dont le parcours suggère une forte convergence avec son personnage, n'ait pas réussi à rendre plus vivante cette aventure.

Jacques Vercueil