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Cinéma

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Soleil de plomb (Zvizdan)

(Croatie - 2015 - 2h03)

Réalisation : Matanic Dalibor - Scénario : Dalibor Matanic - Photo : Marko Brdar - Décors : Mladen Ozbolt - Musique : Alen Sinkauz, Nenad Sinkauz - Montage : Tomislav Pavlic - Son : Julij Zornik - Production : Kinorama - Distribution : Bac films
Interprétation : Tihana Lazovic  (Jelena/Natasa/Marija), Goran Markovic (Ivan/Ante/Luka), Nives Invankovic (mère de Jelena/Natasa), Dado Cosic (Sasa), Stipe Radoja (Bozo), Trpimir Jurkic (père d'Ivan/Luka)
Auteur :

Né en 1975 à Zagreb (Yougoslavie puis Croatie), Dalibor Matanic est un réalisateur et scénariste, lauréat en 2002 du Prix spécial du jury au festival de Sotchi (Russie) pour Cinq belles jeunes filles mortes. Il a réalisé également : Cent minutes de gloire (2004), Je t’aime (2006), Ciné Lika (2008), Mère Asphalte (2010), Papa (2011) et Les bricoleurs (2013). Soleil de plomb a obtenu le Prix du jury Un certain regard à Cannes en 2015.

Résumé :

Le film raconte trois histoires d’amour contrarié, dans deux villages de l’ex-Yougoslavie : avant que la guerre n’éclate en 1991, après la guerre en 2001 et une décennie plus tard encore, en 2011. Le premier amour de Jelena et Ivan s’éteint avec la paix. Dans la deuxième histoire, Natasa et sa mère retrouvent leur maison détruite, après la mort des deux hommes de la famille. En 2011, Luka, Croate, s’efforce de reconquérir Marija, Serbe, qu’il avait dû abandonner du fait des haines interethniques.

Analyse :



Dans une belle campagne baignée de soleil, durant trois étés, Dalibor Matanic évoque la terrible histoire de haine entre Croates et Serbes -- lui qui était adolescent au début de la guerre des Balkans (1991-1999, 300.000 morts) --, et cela sans jamais prendre parti pour un camp contre l’autre. Sa dénonciation s’applique à toutes les guerres et son message est universel, qui montre la beauté de la nature et ce que les hommes sont capables d’en faire. Dans chacun des trois actes, on retrouve les mêmes acteurs, ce qui renforce l’unité du film. Et l’on a plaisir à revoir dans le deuxième volet l’acteur au bon sourire Goran Markovic, qui incarnait l’Ivan tué dix ans plus tôt. Sans jamais montrer de combats, mais en s’appuyant sur les sentiments humains, l’amour, la haine, la souffrance, le remords, la peur..., Matanic montre la folie de la guerre et ses ravages : non seulement les morts et les destructions, mais aussi les souffrances tenaces et les séquelles psychologiques. La première histoire se situe juste avant le déchaînement des combats, quand personne n’y croit, sauf une vieille femme qui pense que « le mal est de retour ». Deux jeunes amoureux s’embrassent voluptueusement et chahutent en maillots de bain au bord d’un lac tout en bâtissant leur avenir. Mais des camions militaires s’aperçoivent sur la route. Champ contre champ, Matanic montre d’un côté l’érotisme et la joie de vivre en temps de paix et, de l’autre, la raideur et la peur des premiers soldats mobilisés. Dirigeant très bien ses acteurs, le réalisateur filme les visages en gros plans pour en montrer la vie et l’humanité et joue avec l’ombre et la lumière du soleil jusqu’à l’intérieur des maisons ou sur la peau des personnages. Certains plans sont très émouvants comme cette main du trompettiste tué qui tient encore son instrument, bien inutile face au fusil ou ces successions de maisons détruites et abandonnées après la guerre. L’époque 2001 comporte de très belles scènes sans parole, comme celle où Natasa provoque Ante alors qu’il rabote une porte, en lui faisant écho par toutes sortes de bruits. Submergée par le désir de vivre, la jeune fille, incarnée par la sublime Tihana Lazovic, reste incapable de surmonter la perte de son frère. L’épisode 2011 montre un nouveau pays, reconstruit, où la jeunesse danse et se drogue dans les raves, comme dans le reste du monde, mais où Luka et Marija n’en ont toujours pas fini de ressasser et de souffrir.

Françoise Wilkowski-Dehove