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Cinéma

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Soshite chichi ni naru (Tel père, tel fils)

(Japon - 2013 - 2H) Mention spéciale du jury œcuménique à Cannes 2013

Réalisation : Hirokazu Kore-Eda - Scénario et dialogues : Hore-Eda Hirokazu - Image : Takimoto Mikiya - Montage : Hore-Eda Hirokazu. Distr. : LE PACTE.
Interprétation : Masaharu Fukuyama (Nonomiya Ryota), Machiko Ono (Nonomiya Midori), Lily Franky (Saiki Yudai), Yoko Maki (Saiki Yukari)
Auteur :

Né en 1962, Kore-Eda Hirokazu est une des figures majeures du cinéma japonais contemporain et l’auteur d’une œuvre très éclectique. Si After Life (1998) et Air doll (2009) relèvent du fantastique, Distance (2001), au climat très étrange, raconte l’histoire du suicide collectif d’une secte, tandis que Still walking (2004) est un remarquable film psychologique sur la famille et le vieillissement des parents qui l’ont fondée. Mais le genre qui constitue si l’on peut dire sa « spécialité » est celui des films sur l’enfance, avec entre autres Nobody knows (2004), I wish – nos vœux secrets (2011) et aujourd’hui Tel père, tel fils.

Résumé :

Keita et Ryusei ont six ans. Le premier appartient à une famille riche (père architecte, grand appartement dans un immeuble verre et métal, et tout à l’avenant). Le second est d’un milieu tout ce qu’il y a de plus modeste, son père tient une petite boutique d’électricité dans un quartier populaire. Les deux enfants ont non seulement le même âge, mais sont nés le même jour dans le même hôpital. C’est sans doute l’effet du hasard, mais surtout le sujet du film : à la naissance il y a eu inversion d’enfant, chacun est reparti avec le bébé de l’autre, on vient de s’en apercevoir, et maintenant qu’est ce qu’on fait ? Echange ou pas ? Faut-il privilégier le ruban de l’ADN ou le lien de l’histoire partagée ?

Analyse :



On ne fait pas dilemme plus cornélien. De ce sac de nœuds déposé par le destin sur le palier des Nonomiya (la famille de Keita) et des Saiki (celle de Ryusei) aurait pu effectivement sortir une tragédie. Mais plutôt que des grandes orgues Kore-Heda préfère jouer d’une musique de chambre drôle, poétique et tendre où il fait s’opposer les deux motifs superbement discordants des deux familles et où, entre désarroi de l’un et résistance de l’autre, Keita et Ryusei montrent l’obéissance déboussolée de petits palets balancés sans ménagement excessif d’un bord du jeu à l’autre. Avec, comme thème central, la question qui hante l’auteur depuis cinq ans, c’est à dire depuis qu’il a lui-même une petite fille : la paternité, c’est quoi ? Et la réponse est très différente selon qu’il s’agisse de Yudai, le père Ryusei ou de Ryota, celui de Keita. Yudai, vaguement glandeur et facilement combinard, est du genre à se rouler avec ses mômes dans le bac à sable et à prendre la vie comme elle se présente. Rien de tel chez Ryota qui a la raideur d’un tuyau d’orgue moulé dans un complet trois pièces, et qui, ne trouvant rien chez Keita des traits de sa propre personnalité de battant, en arrive à penser comme une poule qui aurait couvé un canard : « Ceci explique cela ! ».

Kore-Heda aime trop ses personnages pour trancher cette situation inextricable en faisant souffrir tout le monde. Il s’en tire à la normande. Mais peut-être son patrimoine génétique comporte-t-il quelques chromosomes venus du Calvados : on n’est jamais sûr de l’ADN qu’on croit avoir, son film est là pour le prouver.

Jean Lods