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Cinéma

Cette rubrique est présentée par Pro-Fil

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Soy Nero (*Moi Nero)

(Mexique/Etats-Unis -2016 – 2h)

Réalisation : Rafi Pitts – Scénario : Rafi Pitts  - Razvan Radulescu - Photo : Christos Karamanis  - Musique : Rhys Chatham – Son : Stephane von Hase - Montage : Danielle Anezin - Distribution : Sophie Dulac Distribution
Interprétation : Johny Ortiz (Nero), Ami Meen (Bronx), Rory Cochrane (Sergeant McLoud), Daniel Britt (Compton)
Auteur :

Citoyen iranien, fils d’une famille exilée depuis 1979, Rafi Pitts a réalisé quatre longs métrages dont The Hunter en 2010, Argo en 2012. Sa liberté d’expression lui a valu d’être banni d’Iran, où il était retourné. Vivant entre la France et le Royaume Uni, il réalise son cinquième film avec Soy Nero, financé par des capitaux français, allemands et mexicains. Sélectionné au Festival de Berlin 2016 et remarqué par la critique (mais absent du palmarès).

Résumé :

Nero est un jeune Mexicain qui a grandi aux Etats-Unis, élevé par des parents clandestins. Déporté avec sa famille au Mexique lorsqu’il est adolescent, son seul espoir de devenir un citoyen américain est de s’engager dans l’armée américaine. La découverte de la réalité sera dure.

Analyse :



Il y a des films qui surprennent par le style du récit, l’approche scénaristique, les dialogues et des personnages hors norme, l’audace des situations, la liberté de ton. C’est le cas du dernier film de Rafi Pitts. On apprend l’existence des green card soldiers, une catégorie de militaires inventée par les autorités américaines et qui donne froid dans le dos (les conditions d’obtention de la nationalité sont extraordinairement difficiles). Le jeune et candide Nero va vivre une éprouvante aventure alors qu’il idéalisait la démocratie américaine, persuadé de la générosité de l’Oncle Sam. La première séquence nous influence quand même dans un certain sens. Un jeune soldat d’origine hispanique victime des combats est enterré avec les honneurs militaires, sa femme reçoit le drapeau américain, et apprend ainsi que son mari mort est … naturalisé. Ensuite, l’histoire de Nero commence quand on le voit franchir le mur qui sépare le Mexique des USA, dans la nuit du 4 juillet où un feu d’artifice marque l’Independence Day. Heureux d’être enfin de nouveau sur sa terre de prédilection, il fait du stop et cherche à rejoindre son frère qui habite dans une somptueuse villa de Beverly Hills. L’ambiance est lourde, les routes pleines de danger, un fort malaise gagne les personnages (le conducteur de la voiture qui le prend en stop). La peur au ventre d’être arrêté par la police (il n’a aucun papier), il fuit Beverly Hills (autre mirage pour un migrant) car son frère n’est que le gardien et factotum d’un riche nanti. Le cinéaste a déclaré ne pas avoir voulu critiquer l’Amérique, mais la charge qu’il porte en montrant le sort qui est réservé à Nero est quand même très violente. Ellipse remarquable, Nero est garde-frontière (ironie du sort) dans un avant-poste quelque part au bord d’un désert (en Irak, ou en Afghanistan ?). Il est fier de porter l’uniforme et les armes made in USA. Ses rapports avec ses collègues noirs sont difficiles, on le traite de « tex-mex » et de petit miteux. Mais une attaque de l’ennemi (quasi invisible, non identifiable) va provoquer l’éclatement de l’unité. Dans sa fuite dans une zone aride, il va se trouver seul, abandonné… « Le dernier plan est guidé par l’émotion » dixit Rafi Pitts. Où est la « vraie » Amérique, pays traditionnel d’émigration ? Nero a tout sacrifié pour être un « Américain », qu’en diraient les Pères Fondateurs ?

Alain Le Goanvic