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Cinéma

Cette rubrique est présentée par Pro-Fil

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Spartacus et Cassandra

(Français – 2015 – 1h45)

Réalisation : Nuguet Ioanis - Scénario : Ioanis Nuguet et Samuel Luret – Montage : Ioanis Nuguet et Anne Lorrière – Mixage : Frédéric Théry – Directeur de la photographie : Ioanis Nuguet – Ingénieurs du son : Messoun Zeineddine, Marie-Clotilde Chéry, Jean-François Briand, Alexandre Gallerand, Marc Nouyrigat – Production : Albertine Fournier (Morgane Productions) - Distribution France : Nour Films
Interprétation : Cassandra Dumitru (elle-même) – Spartacus Ursu (lui-même) – Camille Brisson (elle-même)
Auteur :

Ioanis Nuguet est un jeune réalisateur de 31 ans. Spartacus et Cassandra est son premier long métrage dans lequel il a également assumé les rôles de scénariste, monteur et directeur de la photographie.

Résumé :

Spartacus et Cassandra sont deux enfants de la communauté rom, âgés respectivement de 13 et 11 ans. Leurs parents vivent dans la rue et eux sont pris en charge par une trapéziste, Camille, venue planter son chapiteau en banlieue parisienne, là où vivent des familles originaires de Roumanie.

Analyse :



Depuis trois ans Ioanis Nuguet se promène, caméra à l’épaule dans un campement rom jusqu’au jour où un petit garçon qui esquisse un rap dans la rue s’impose à lui. C’est Spartacus. Et ce film va nous entrainer dans la vie de ce petit garçon de 13 ans et de sa sœur Cassandra âgée de 11 ans. La vie, on devrait plutôt dire la survie. Car le spectateur est embarqué dans la lutte quotidienne de ces deux enfants qui veulent survivre et se construire un lendemain sans toujours en avoir la recette. Spartacus, dès le début du film donne le ton : « À trois ans je mangeais de la terre, à sept ans je suis venu en France, à huit ans je volais des autoradios, à neuf ans je faisais la manche, à dix ans j’ai rencontré Camille, à onze ans je parlais bien le français, à treize ans on m’a fait quitter mes parents ».

Ce film est un petit bijou car il nous montre un milieu sur lequel tant de préjugés et de préventions sont véhiculés, sans jamais éluder la réalité mais sans jamais la juger. Une réalité terrible. Le père des enfants est un ivrogne, violent avec sa femme, exploiteur qui ne pense qu’à lui et veut quitter la France, « ce pays de merde » dit-il pour emmener sa famille en Espagne qui est, selon lui un Eldorado. La mère doucement folle, vend du muguet fané dans les rues, s’accroche à ses enfants et veut retourner en Roumanie. Et au milieu de tout cela Spartacus et Cassandra, qui ont oubliés d’être des enfants, plus raisonnables que leurs propres parents, écartelés entre le confort et le bonheur que leur offre Camille et la conscience que leurs parents sont à la rue, tiraillés entre ces parents malgré tout aimants mais improbables, et la justice qui veut les placer en famille d’accueil. Spartacus exprime parfaitement ces contradictions lorsque, en voix off, on l’entend dire « parfois le paradis me dégoute » et il pense souvent ne pas « mériter ce bonheur ».

C’est donc une fiction documentaire que nous offre Nuguet qui qualifie lui-même son film de « conte documentaire ». Et de fait on se demande toujours si on est dans le réel ou la fiction, ce qui ne dérange nullement. p* Ce film qui a une force peu commune, est une source d’intenses émotions et ne peut laisser le spectateur indifférent. Ces deux gamins sont bouleversants de vérité et de tendresse. On les suit dans leurs colères, leurs doutes, leur joie lorsqu’ils découvrent la nature à la campagne avec Camille et où on les voit redevenir les enfants qu’ils n’auraient jamais dû cesser d’être. Mais ils grandiront lorsque, comme le dit si bien Cassandra à la fin du film, leurs parents cesseront d’être des enfants.

Un film tendre et émouvant, à voir absolument.

Marie-Jeanne Campana