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Cinéma

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Sud Eau Nord Déplacer

(France/Chine – 2014 -1h50) (Documentaire)

Réalisation : Boutet Antoine - Scénario : Antoine Boutet - Image : Antoine Boutet– Montage et Son: Antoine Boutet, Philippe Eustachon, Boris Svartzman -Distribution : Zeugma Films
Interprétation :
Auteur :

Antoine Boutet a étudié les arts visuels, et participé à de nombreuses expositions pendant une quinzaine d’années. Ses films sont tous des documentaires : Zone of Initial Dilution (2007), Conservation conversation, ou des vidéos expérimentales. En 2009, il obtient le Prix du Groupement National des Cinémas de Recherche avec Le Plein Pays, histoire d’un homme qui vit reclus dans une forêt en France depuis trente ans. Une expérience étrange en marge de la société moderne.

Résumé :

Le titre est une traduction littérale de la syntaxe chinoise « Nan Shui Bei Diao ». Ces quatre mots définissent le projet du gouvernement chinois. L’idée avait été émise par Mao en 1952 : détourner les eaux des fleuves du sud du pays pour irriguer le nord. En 2002, l’Etat chinois avalise le projet et met en branle l’un des plus vastes chantiers hydrauliques jamais envisagés dans le monde. Antoine Boulet muni d’un bon caméscope part à la découverte d’une entreprise inouïe.

Analyse :



Présenté dans de nombreux endroits, en avant-première et dans des festivals (Manosque 2015, Festival International du film d’environnement Paris février 2015) ce documentaire d’un genre particulier fut déjà programmé en 2014 au Festival de Locarno. Disons que pour un occidental plutôt sédentaire, la Chine a de quoi étonner et provoquer l’imagination. Le cinéaste se disait « Qu’est-ce que moi, étranger, je vais faire en Chine, comment je me situe par rapport au fait de vouloir filmer ces gens-là ? ». Zhang Khé et Wang Bing, citoyens et cinéastes chinois désireux de comprendre leur propre pays, ont fait des films qui rendent compte des transformations en cours et de la répercussion sur les populations (Still Life, A touch of sin, A l’Ouest des rails). C’est avec le regard « étranger » d’ Antoine Boutet que nous faisons la découverte d’un immense pays et des gens qui y vivent. Il a oeuvré en dehors de toute influence officielle, sans autorisation (qu’il n’avait pas demandée). On est étonné que le cinéaste ait pu filmer ces immenses chantiers et interviewer des personnes au franc-parler, qui mettent clairement en cause la politique du parti au pouvoir. Il était accompagné d’un ingénieur français parlant couramment chinois et très au fait des questions d’environnement, cela a certainement joué dans la réussite de ce documentaire, qui en dit long sur les conséquences humaines et naturelles d’un programme pharaonique.

Pas de voix off qui nous détournerait des images, pas de commentaire qui serait en deçà de ce qui est montré : une nature belle et sauvage saccagée par d’immenses étendues de chantiers, de sables et de roches. L’eau des fleuves se fait attendre, tout est encore sec. Un jour, d’ici 2050, depuis le Yangzi Jiang (Fleuve Jaune), trois voies d’eau longues de plus de 4000 kilomètres draineront 45 milliards de mètres cubes d’eau vers le Nord, au prix du déplacement de 350000 personnes ! Au bout d’une demi-heure où la caméra circule d’un lieu à l’autre, ce sont les rencontres : deux ouvriers qui regardent la caméra, interrogatifs, un homme costumé qui se déclare « chef ingénieur de la direction du comité du projet », un philosophe dissident, un cycliste qui sillonne son pays, et surtout une poétesse tibétaine, dont l’analyse sur le sort réservé à son pays est accablant. Un regard neuf, sans jugement, voilà ce que révèle ce film.

Alain Le Goanvic