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Cinéma

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Sunset Song

(Grande-Bretagne – 2016 - 2h12)

Réalisation : Davies Terence - Scénario : Terence Davies d’après l’oeuvre de Lewis Grassic Gibbon - Musique : Gast Waltzing - Photographie : Michael Mc Donough - Montage : David Charap - Production : Roy Boulder, Solon Papadopoulos - Distribution France : Rezo films
Interprétation : Agyness Deyn (Chris), Peter Mulan (le père), Kevin Guthrie (Ewan)
Auteur :

Terence Davies est né en 1945 à Liverpool (Grande-Bretagne). Il y fait ses études de cinéma tout en travaillant comme comptable. Son premier film, The Terence Davies trilogy est le regroupement de trois courts métrages autobiographiques (1976-1983). Suivront six films dont The Neon Bible (1995), Of time and the city (2008) and The deep blue sea (2012).

Résumé :

A l’orée de la Première guerre mondiale, nous allons suivre la vie d’une jeune fille, Chris Gunthrie, dans la ferme familiale. D’abord sous la coupe brutale de son père, elle deviendra maîtresse du domaine à sa mort puis subira les désastres de la guerre.

Analyse :



Ce film à la fois historique et mystique a, de fait, deux personnages centraux : la jeune femme, Chris, et la ferme de Blaewaerie à côté d’Aberdeen, en Ecosse. La première scène est, à ce sujet, spécialement éclairante, puisqu’elle représente une jeune fille qui, comme le dit le réalisateur, jaillit littéralement de la terre : « elle pense qu’elle est la terre », dit la voix off de Chris en parlant d’elle à la troisième personne. La vie est marquée par les saisons et l’on voit régulièrement des champs de blé ; mais aussi par les évènements humains : naissances, morts, mariage, première guerre mondiale. Les bouleversements de la vie passent, la nature reste.

Chris est, en début de film, une jeune fille intelligente qui rêve d’être institutrice mais le suicide de sa mère, accablée par les grossesses non voulues, la fera rester à la ferme pour aider son père à gérer le domaine familial. La scène où Chris enveloppe son livre de classe dans du papier de soie avant de le ranger définitivement dans une malle est très émouvante. Mais à aucun moment Chris ne s’apitoie sur son destin. Au début elle est confrontée à son père, une brute omnipotente qui brutalise sa femme et ses enfants. A la fin et comme en contrepoint de ce commencement, elle sera confrontée à l’horreur de la guerre qui lui prendra son mari. Parallèlement au drame personnel de Chris dont le mari sera fusillé pour tentative de désertion, on voit la terre elle-même souffrir. Terence Davies la montre longuement, terre de France éventrée et violée des champs de bataille et boue des tranchées, en opposition à la plénitude de la campagne écossaise. La force de Chris est de se tenir à distance des évènements et cette distanciation va de pair avec une voie off, la sienne, à l’accent écossais très prononcé. Pour elle le devoir prime sur le rêve et elle montre une autorité que bien des hommes vont lui envier.

En référence au titre, l’émotion de Sunset Song puise dans la musique. La partition musicale a rarement été aussi juste et deux chansons émergent. A ses noces Chris chante a capella « Les fleurs de la forêt », lamentation pour les soldats anglais morts au champ d’honneur et lourd présage du sort futur de son mari. Lors du sermon belliqueux du prêtre, sera entonné « J’ai vu par un soir d’avril…/Et j’ai pensé à l’agneau de Dieu ».

Terence Davies a su choisir avec beaucoup de discernement ses acteurs. Le rôle principal est tenu par une actrice peu connue, Agyness Deyn, ancien mannequin vedette, qui incarne brillamment son personnage de feu et de glace. Une mention aussi pour le père, Peter Mulan, autocrate d’une violence extrême mais qui cependant aime profondément sa femme et sa fille et sait le faire sentir dans le son de sa voix.

Jean Wilkowski