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Cinéma

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Tangerine

(USA - 2015 - 1h28)

Réalisation : Baker Sean - Scénario, Image, Montage : Sean Baker - Musique : Mattiew Smith - Production : Mark Duplass - Distribution : ARP sélection
Interprétation : Kitana kiki Rodrigez (Sin-Dee Rella), Mya Taylor (Alexandra), Karren Karagulian (Razmik)
Auteur :

Sean Baker est un jeune réalisateur né à New-York où il a fait des études de cinéma. Il travaille aussi pour la télévision. Son premier long métrage, Four letters word, date de 2000 et il est connu pour Take Out (2004) et Prince of Broadway (2008) Son cinquième film, Tangerine, a été remarqué au festival Sundance et il a obtenu le prix du jury 2015 au festival du film américain de Deauville.

Résumé :

Le soir du Réveillon, Sin-Dee, une trans-genre de Los Angeles, sort de prison et apprend par Alexandra, sa meilleure amie, que son proxénète l’a trompée avec une prostituée blanche. Elle va vouloir se venger.

Analyse :



Alors que sort sur les écrans un film américain à gros budget, avec une technique ultra sophistiquée, Les 8 salopards, voici un film d’un très faible coût, tourné en 17 jours avec 3 e-phones, Tangerine. Tous les deux parlent des problèmes des USA dans un langage similaire, très cru, le premier des rapports blancs-noirs, le second des trans-genres noires. Deux films d’auteurs qui traduisent la vigueur du cinéma américain. L’usage du téléphone pour Tangerine donne des couleurs parfois criardes et des scènes en mouvement dans la rue souvent instables mais cela ne nuit pas à la tenue générale du film. Le bitume de Los Angeles est d’ailleurs un personnage à part entière du film. Le danger pour Tangerine aurait été, en peignant la communauté de travestis d’Hollywood boulevard, de s’embourber dans la caricature, mais Sean Baker a fait le bon choix en élargissant sa chronique à un taxi arménien du même quartier, alternant en une seule journée, les parcours de Sin-Dee (Sin-Dee Rella : Cendrillon), d’Alexandra et de Razmik. Baker propose ainsi toute une panoplie de personnages assez truculents au fil des rencontres excentriques que font les trois personnages. Sans clichés indigestes quand il représente des personnages pourtant peu gâtés par la vie, Tangerine reste drôle, enjoué, et s’attache surtout à faire naître notre sympathie face à des problèmes universels qui dépassent le communautarisme : la trahison, la famille, la honte. Tous les personnages sont des amateurs que le réalisateur a trouvés dans un centre LGBT du quartier et l’absence de caméra classique permet un naturel très convaincant d’autant que les dialogues ont été revus par les actrices elles-même. Nous sommes submergés par l’humanité et le réalisme des personnages, sur une bande son efficace car peu intrusive. Un petit budget mais un grand film.

Jean Wilkowski