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Cinéma

Cette rubrique est présentée par Pro-Fil

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Tempête de sable

(Israël – 2017 – 1 h 17)

Réalisation : Elite Zexer - Scénario : Elite Zexer – Montage : Ronit Porat – Son : Gil Toren – Photographie : Shai Peleg – Production : 2-Team Production – Distribution France : Pyramide Distribution
Interprétation : Lamis Ammar (Layla), Ruba Blal (Jalila), Hitham Omari (Suleiman), Khadija Alakel (Tasnim)
Auteur :

Elite Zexer est une réalisatrice et scénariste israélienne. Elle est l’auteur de plusieurs courts métrages qui ont eu diverses récompenses. Tempête de sable est son premier long métrage qui a obtenu le grand prix du jury du cinéma international lors du festival du film de Sundance.

Résumé :

Un petit village bédouin en Israël, à la frontière de la Jordanie : Suleiman, déjà marié à Jalila, épouse sa deuxième femme. Alors que Jalila tente de ravaler l’humiliation, elle découvre que leur fille aînée, Layla, a une relation avec un jeune homme de l’université où elle étudie. Or son père l’a promise en mariage au fils de leur voisin …

Analyse :



Le drame de Roméo et Juliette, la situation intolérable des femmes dans certaines cultures, sont des sujets vieux comme le monde dont le cinéma s’est abondamment emparé. Pourtant Tempête de sable mérite d’être vu pour plusieurs raisons.

Par une mise en scène juste et minutieuse, la cinéaste nous montre une tranche de la vie de femmes tiraillées entre tradition et modernité, mais qui finalement se laisseront engloutir par le poids des coutumes immémoriales, pour le respect des autres, pour éviter la zizanie et faire régner l’harmonie. Dans ce monde encore très proche du Moyen-Âge, la modernité est bien là ; Layla apparaît assez libre et épanouie sous son voile. Elle va à l’université, est amoureuse d’un camarade qu’elle a choisi, conduit la voiture paternelle, utilise son téléphone portable, a ses révoltes salutaires. Le récit, tissé comme une tragédie grecque, donne l’image de personnages menés par des forces qui les dépassent dans un monde figé où les éléments du changement sont en germe. La force de ce film est que nous croyons jusqu’au bout à la révolte de Layla, que nous l’espérons ardemment, que nous sommes sûres que grâce à elle les choses vont changer, que les femmes vont enfin exister dans ce monde au patriarcat indécrottable, et nous recevons comme un coup de poing rageur sa décision désespérante.

Malgré cette déception qui nous fait penser avec tristesse que la libération des femmes doit, dans certaines régions, attendre d’autres lendemains, les personnages mis en scène par Elite Zexer ont tous un côté attachant, même les plus englués dans leurs carcans sociaux. Une très belle figure, celle de Jalila, forte et puissante, qui est au début d’une rigidité absolue avec sa fille Layla et qui finalement semble la comprendre, victime qu’elle est, comme toutes les autres. Layla, belle, intelligente au beau regard plein de maturité où perce encore l’enfance mais qui n’aura pas le courage (la force ?) de braver les interdits. Suleiman, si sympathique, qui sera pourtant le plus intraitable, a sa part de lâcheté dans ce monde où l’homme doit montrer qu’il sait s’imposer dans sa famille, mais se révèle plus ambigu qu’il n’y paraît et finalement très humain, digne de commisération. La petite sœur, Tasnim, qui a la situation la plus facile, qui juge les adultes à travers son regard d’enfant, et à laquelle la réalisatrice confie le dernier mot de son film, « Non », qui sonne comme une note d’espoir. 

 

 

Marie-Jeanne Campana