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Cinéma

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Teo-neol (The Tunnel)

(Corée du sud, 2016, 2h06)

Réalisation : Seong-hun Kim - Scénario : Kim Seong-hun (d’après le roman éponyme de So Dae-won) - Direction artistique : Lee Hwa Kyeong - Photo : Kim Tae-Seong - Montage : Kim Chang-joo - Musique : Mok Yeong-jin - Société de production : Showbox - Distribution : Condor.
Interprétation : Ha Jeong-woo (Lee Jung-soo), Bae Doona (Se-Hyun, femme de Lee), Oh Dal-su (chef des secours), Nam Ji-hyeon (Mi-Na).
Auteur :

Né en 1971 dans la ville portuaire de Gangneung, Kim Seong-hoon est acteur, réalisateur et scénariste. Il s’est initié aux films d’action de Hong Kong dans les bibliothèques de mangas (manhwabangs).Son premier long était un policier, Hard Day (2014). Il prépare une série médiévale de huit épisodes située dans la Corée du XVIe siècle. 

Résumé :

En rentrant chez lui en voiture, Lee Jung-soo traverse un tunnel qui s’effondre sur sa voiture. Le film se déroule alors sur deux espaces : sous terre où Lee, enseveli, lutte pour survivre et en surface où les secours s’organisent laborieusement, tandis que médias, politiques, citoyens et puissants intérêts économiques entrent en scène. 

Analyse :



Au-delà du film catastrophe, le réalisateur brosse une critique acerbe des défaillances des institutions en Corée du sud et pose le problème d’une course au profit qui met en péril la sécurité des individus. Le tunnel a été construit à la va vite et l’entreprise responsable va tout faire pour que les citoyens ne le découvrent pas. Mais Le tunnel nous offre avant tout un vrai divertissement : c’est film catastrophe, émouvant et drôle.

Tandis que Lee se démène avec très peu de moyens et de nourriture pour ‘tenir’ en attendant l’arrivée des secours, une succession de petits événements dans son habitacle -- dont des éboulements filmés avec un réalisme glaçant -- composent le portrait d’un être tenace et humain, tendu avec énergie vers sa survie. Au-dessus de lui, mis à part sa femme, digne malgré les épreuves ainsi que le responsable des secours, heureusement très humain, les différents protagonistes semblent empêtrés dans leurs préoccupations habituelles. Avec un regard d’entomologiste, le réalisateur montre la lenteur des secouristes, l’égoïsme de journalistes à la recherche du scoop à tout prix et une ministre qui est surtout sur les lieux pour se montrer. Il pose ainsi la question de la valeur d’un homme, comme l’avait fait Billy Wilder dans Le gouffre aux chimères (1951). Sous terre, la caméra fait des prouesses pour restituer les espaces réduits, la menace d’un nouvel effondrement et la claustrophobie, tandis qu’à l’air libre elle montre avec une grande efficacité l’énorme chantier et la mobilisation générale. Les réactions face à une situation exceptionnelle des différentes composantes de la société, depuis les autorités jusqu’aux simples citoyens, sont analysées avec le sens du détail et l’on voit les médias balancer entre humanisme, compassion et cynisme. Ha Jeong-woo, fils du réalisateur, est très crédible dans le rôle d’un homme banal confronté à une situation dramatique. Encore un film coréen très complet qui mêle suspense, peinture de la société et humanité profonde.

Françoise Wilkowski-Dehove