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Cinéma

Cette rubrique est présentée par Pro-Fil

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Terraferma

(Italie – 2011 – 1h33)

Réalisation : Emmanuele Crialese – Scénario : Emmanuele Crialese, Vittorio Moroni – Photo : Fabio Cianchetti – Montage : Simona Paggi – Musique : Franco Piersanti – Son : Pierre-Yves Lavoué - Distribution internationale : Elie Driver
Interprétation : Donatella Finocchiaro, Filippo Pucillo, Claudio Santamaria, Giuseppe Fiorello, Timnit T. , Mimmo Cuticchio
Auteur :

Emmanuele Crialese est d’origine sicilienne. A partir de 1991 il fait des études de cinéma aux USA. Son premier long-métrage Once we ware strangers (1997) est le premier film italien invité au festival de Sundance. En 2002 il présente Respiro à la Semaine de la Critique. Ce film aura beaucoup de succès et sera vendu dans plus de 30 pays. En 2006 il obtient le lion d’argent au Festival de Venise pour son film Nuovo Mundo (distribué en France sous le titre Golden Door) qui suivait des paysans siciliens dans leur migration vers les Etats-Unis. Terraferma, qui a obtenu le prix spécial du jury au Festival de Venise 2011, traite d’une autre migration celle d’africains vers l’Italie.

Résumé :

Dans une petite île du Sud de l’Italie, certains subsistent avec la pêche traditionnelle, d’autres cherchent à s’adapter à la modernité et au tourisme de masse. Ernesto, 70 ans, ne se résigne pas à abandonner son métier de la mer. Filippo, 20 ans, qui a perdu son père en mer, est écartelé entre son grand-père Ernesto et son oncle Nino, qui a cessé de capturer des poissons pour capturer des touristes. Giuletta, mère de Filippo, sent que l’avenir n’est plus sur cette île. L’arrivée de clandestins africains va transformer leur vie et les conduire à des choix.

Analyse :



C’est un sujet d’une brûlante actualité particulièrement en Italie. L’arrivée par la mer de ces clandestins va diviser le village entre ceux qui veulent appliquer la loi de la mer (on ne laisse personne à l’eau) et ceux qui veulent respecter la nouvelle loi qui interdit d’accueillir des clandestins. Mais le traitement qu’en donne Emmanuele Crialese déçoit : trop de volonté démonstrative et de bons sentiments. Ce vieil homme qui incarne la généreuse loi de la mer des anciens et ce fils qui incarne la modernité égoïste manquent de nuances. Le personnage de Filippo est plus intéressant et l’on comprend bien ses hésitations. Les touristes qui s’installent chez lui (toute sa famille se contente du garage pour laisser leur maison en location à de jeunes étrangers) permettent de montrer l’opposition entre l’étranger bienvenu (le touriste) et l’étranger refusé (le clandestin). Attiré par cette jeunesse dorée Filippo va chercher à briller aux yeux d’une des jeunes filles et se lancera dans une expédition maritime nocturne qui tournera mal et le conduira à des comportements dont l’inhumanité va le poursuivre. Et il est vrai qu’en même temps s’effrite la bonne conscience des touristes. La relation qui s’installe entre Giuletta, d’abord réticente à l’accueil, et la femme éthiopienne arrivée enceinte sur l’île et qui va accoucher chez elle, semble un peu théâtrale. Le petit-fils lui-même opèrera un retournement spectaculaire…. Ce film vise sans doute à informer et convaincre le grand public sur la gravité du sujet traité. Et il le fait à travers des images splendides, aussi bien diurnes que nocturnes mais qui se situent plus sur le versant du catalogue touristique. Dans son précédent film Golden door, Crialese avait pris le parti du noir et blanc. Une telle austérité aurait aussi bien convenu à Terraferma. On espère en tout cas que le public dépassera le côté carte postale pour s’emparer de la réflexion sociale présente.

(Maguy Chailley)