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Cinéma

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La blessure (The Cut)

(2014- Allemagne/France – 2h18) (Sélection Officielle Venise 2014)

Réalisation : Akin Fatih – Scénario : Fatih Akin, Mardik Martin - Photo : Rainer Klausmann – Montage : Andrew Bird – Musique : Alexander Hacke – Son : Jean-Paul -Distribution : Pyramide
Interprétation : Tahar Rahim (Nazaret Manoogian), Simon Abkarian (Krikor), Naram Khoury (Omar Nasredin), Hindi Zalma (Rakel)
Auteur :

La carrière internationale du cinéaste allemand d’origine turque commence magnifiquement par un Ours d’Or à la Berlinale de 2004 pour Head On, l’histoire d’une Allemande d’origine turque qui lutte pour vivre sa vie amoureuse. Remarqué comme acteur et réalisateur de quelques courts-métrages, il s’était essayé au long-métrage avec Kurz und Schmerzlos en 1998, sous l’influence évidente de Martin Scorsese. Il obtint le Prix du scénario à Cannes avec le très beau De l’autre côté (2007). En 2010, une comédie avec Soul Kitchen. The Cut, que Venise a eu le privilège de présenter au détriment de Cannes, est qualifié par l’auteur de troisième volet d’une trilogie : l’Amour (Head One), La Mort (De l’autre côté), Le Diable.

Résumé :

1915, la Turquie est engagée dans la Première Guerre Mondiale aux côtés de L’Allemagne. Elle décide d’opprimer les minorités ethniques qui menaceraient la cohésion nationale, dont les Arméniens. Nazaret est un jeune forgeron d’Anatolie, père de deux filles jumelles. Son village Mardin et sa famille subissent une répression impitoyable mais Nazaret parvient à échapper à la mort. Il apprend que ses deux filles ne sont pas mortes, et il les recherche en Syrie, puis à Cuba, enfin aux Etats-Unis. Une quête éperdue.

Analyse :



Ce film semble avoir raté sa cible, peut-être parce qu’il n’est pas à la hauteur des intentions exprimées par le réalisateur, ou aussi parce qu’il ne parvient pas à donner une consistance réelle à l’odyssée de Nazaret. Mais il ne faut pas ignorer les qualités réelles du film. Il s’est attaqué à un sujet tabou en Turquie, qui pressée par l’opinion européenne de reconnaitre le génocide arménien, préfère se raidir dans un déni catégorique. C’est audacieux, mais ce film fait-il bouger les lignes ? Il suscite actuellement des critiques très dures des autorités turques, et même des menaces de mort. Or, de l’aveu même de Fatih Akin, parti du génocide, le scénario veut traiter de sujets plus vastes tels que « la guerre et les migrations forcées » mais aussi « la puissance de l’amour et de l’espoir ». Tournée dans de magnifiques paysages (Jordanie, les grandes plaines d’Amérique du Nord) ou dans un Cuba des années 20 reconstitué avec pittoresque, l’histoire de la recherche éperdue de Nazaret ne nous procure que de rares émotions. Tahar Rahim fait une belle prestation dans un rôle inhabituel, mais il apparaît plus « réactif » qu‘actif et ne déclenche que faiblement notre sympathie. Mais l’ensemble du film, qui a bénéficié de grands moyens financiers, peut avoir l’intérêt d’un ‘western’ original, ou encore d’une évocation (assez édulcorée) des immigrations du XXe siècle… La musique est belle, évocatrice, collant assez bien aux images. Les cadrages sont soignés. En fait, ce troisième volet voulu par le réalisateur pèche par excès de significations. Plusieurs versions du scénario furent élaborées et c’est sur les conseils de Costa Gavras que Fatih Akin, en collaboration avec Mardik Martin (scénariste de plusieurs films de Scorsese), a abandonné l’idée de raconter plusieurs histoires différentes, afin de n’en donner qu’une. Le résultat est sans doute un film au récit limpide et attrayant, mais où il manque une réelle dimension humaine. On est loin du d’Amerika, Amerika d’Elia Kazan, auquel se réfère clairement le cinéaste.

Alain Le Goanvic