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Cinéma

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The Free State of Jones

(Etats-Unis – 2016 - 2H19)

Réalisation : Gary Ross - Scénario: Gary Ross, d’après une œuvre de Leonard Hartman - Image : Benoît Dehomme - Montage : Juliette Welfing et Pamela Martin - Musique : Nicolas Britell et Lucinda Williams – Production : Jon Kilik, Scott Stuber and Gary Ross–STX Entertainment and Huayi Brothers Pictures
Interprétation : Mattiew McConaughey (Newton Knight), Gugu Mbatha-Raw (Rachel), Mahershala Ali (Moses), Keri Russel (Serena Knight)
Auteur :

Gary Ross débute sa carrière en tant que coauteur de Big de Penny Marshall (1988) puis écrit le scénario de Président d’un jour d’Ivan Reitman (1993). Après Pleasantville (1998), il tourne ensuite Pur-sang , la légende de Seabisuit (2003), nommé sept fois aux Oscars. Il réalise en 2012 le premier opus de la saga Hunger Games, inspirée de la trilogie de Suzanne Collins.

Résumé :

En pleine guerre de Sécession, en 1862, un fermier courageux du Mississipi prend la tête d’un groupe de paysans pauvres blancs et d’esclaves en fuite noirs pour se battre contre les Etats confédérés. Free State of Jones décrit une page oubliée de l’Histoire des Etats-Unis : la création révolutionnaire d’un Etat libre réunissant des Noirs et des Blancs, des hommes et des femmes, des adultes et des adolescents.

Analyse :



Au centre de ce beau film, malheureusement trop long, il y a un homme, Newton Knight, un infirmier blanc de l’armée confédérée qui se révolte contre les injustices : on soigne d’abord les officiers, on exempte les fils de familles blanches employant « vingt nègres ou plus », on affame les paysans, etc. Il déserte et se cache dans un marais du Mississipi, refusant avec d’autres, de faire la guerre « pour les riches ». Vers la fin de la guerre de Sécession, le petit Etat a pris de l’ampleur, à la faveur de nombreuses désertions dans l’armée et il donne du fil à retordre aux confédérés. Matt Ross présente avec minutie ces événements complexes, la guerre civile nord-sud, les intérêts économiques des marchands de coton, l’esclavage et toutes les cruautés. Dans la première partie il touche le spectateur avec des images choc montrant l’absurdité des combats et la grande boucherie résultant des coups de canons et du pic des baïonnettes. Le sort lamentable des Noirs s’incarne ensuite dans la figure de Moïse, un Noir en fuite dont le cou est incarcéré entre quatre pics de fer et sur celle de l’esclave Rachel qui apprend à lire en cachette de ses maîtres. Newton, interprété par Mattew McConaughey, est avec son visage émacié et grave, un personnage christique qui défend les faibles face au pouvoir aveugle et cruel. Socialiste de fait, il se bat pour l’égalité totale entre les individus et, dans l’Etat libre de Jones, la notion de « nègre » n’est plus car un être humain ne peut être la propriété de personne. Ce film en costumes fait aussi la part belle aux paysages naturels comme celui du marais au vert profond sous d’immenses arbres pareils à des palétuviers. C’est avant tout une œuvre grave, sans mélo, qui pose le problème du pouvoir et de la révolte, avec un message universel. Le procès, au début du 20ème siècle, d’un possible descendant de Knight qui aurait donc 1/8ème de sang noir et ne peut épouser une blanche, est un peu confus et n’apporte pas grand-chose. Résolument positif,  Matt Ross s’attache plus à montrer la vitalité et la richesse du petit Etat libre, un soviet avant la lettre dans l’empire de l’Oncle Sam, que ses limites et sa disparition.

Françoise Wilkowski-Dehove