Logo de protestants.org
Cinéma

Cette rubrique est présentée par Pro-Fil

logo   

The Salvation (Le *salut)

(Le salut*, Danemark /Royaume-Uni / Afrique du Sud, 2014, 1h39)

Réalisation : Levring Kristian - scénario Kristian Levring et Anders Thomas Jensen ; image Jens Schlosser ; montage Pernille Bech Christensen ; musique Kasper Winding ; distribution France : Chrysalis Films.
Interprétation : Mads Mikkelsen (Jon), Mikael Persbrandt (Peter son frère), Eva Green (Madelaine la Princesse), Jeffrey Dean Morgan (Delarue), Eric Cantona (le Corse).
Auteur :

Kristian Levring, né en 1957 au Danemark, travaille à Londres. Diplômé en montage, il a produit et/ou réalisé, monté, joué, photographié de nombreux documentaires et publicités qui lui ont valu bien des prix. Membre du quatuor signataire, autour de Lars von Trier, du fameux Dogma 95, il a réalisé selon les principes de ce manifeste deux longs métrages, Le roi est vivant (2000, 1h48 : un roi Lear joué pour un unique spectateur dans le désert de Namibie) et The Intended (2002, 1h10, trafic d'ivoire dans la jungle de Bornéo). Le salut est son quatrième long après Ne me crains point (2008, 1h35, sur les effets psychiques d'un médicament expérimental).

Résumé :

Un paisible émigré danois, paysan au Far-west, voit sa femme et son fils massacrés par une brute. Il abat l'immonde, et doit alors affronter le caïd local, frère du tueur, ses sbires, et maints notables et habitants corrompus. Tous ces méchants y passeront, ainsi que bien des bons ; lui-même en sort vivant, mais de quel « salut » s'agit-il ?

Analyse :



On se doute que le titre a été choisi par antiphrase. On sent très vite, devant la brutalité grossière et cruelle qui s'étale aussi lâchement qu'implacablement, que la pauvre dame et son garçon vont mal finir, mais le statut de vedette de Mikkelsen nous annonce que le mari et papa, s'il doit souffrir, triomphera à la fin. C'est avec une violence égale, mais légitimée à ses yeux par celle subie et par l'évidente irréductibilité des méchants à tout autre argument, que Jon, à peu près seul, renverse la situation et survit à ce défi mortel. On resterait donc dans une déclinaison répétitive et assez nauséeuse du thème rebattu de la guerre juste, qui a toujours été une douloureuse pierre d'achoppement des sociétés chrétiennes, si quelques flaques noirâtres et visqueuses, l'eau imbuvable d'un puits, et pour finir un surgissement de derricks au milieu du désert, ne donnaient à l'apologue une connotation moyen-orientale qui nous confronte à l'actualité et à ses coalitions anti-terrorisme et barbarie. Lorsque la monstruosité du mal ne peut être maitrisée que par un contre-mal, celui-ci en devient-il un bien ? Une actualité qui répète un lointain passé - celui de la controverse de Valladolid, 1550, où l'humanité des Indiens d'Amérique récemment conquis était pesée dans une balance. Dans un plateau, leur étrangeté traduite en sauvagerie monstrueuse ; dans l'autre, l'avidité d'or des conquistadors voulant des non-hommes à asservir. Dans ce western de ruée vers l'or noir comme le veut notre temps, apparaît même un instant, très actuelle aussi, la toute-puissante Finance tireuse de ficelles, qui s'en retourne dans l'obscurité tandis que se règlent des comptes qui ne l'atteindront pas... Dernière question, qu'inspire le titre : que penser de l'itinéraire du héros, arrivé honnête travailleur avec une douce femme blonde, et reparti riche de titres pétroliers, une cruelle brune à son bras ? Qui a converti l'autre ?

Jacques Vercueil