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Cinéma

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The assassin (Nie Yinniang)

(Taïwanais – 2016 – 1h45min)

Réalisation : Hou Hsiao-Hsien – Scénario : Chu T’ien-wen et Hou Hsiao-Hsien, d’après un récit des « chuanqi » datant du 9è siècle – Photographie : Ping Bin Lee – Montage : Liao Ching-sung, Pauline Huang Chih-Chia – Décors et costumes : Hwarng Wern-Ying – Son : Du Tuu-Chih – Musique : Lim Giong – Distributeur France : Ad Vitam
Interprétation : pour les principaux : Shu Qi (Nie Yinniang) – Chang Chen (Le gouverneur Tin Ji’an) – Yun Zhou (lady Tian) – Sheu Fang-Yi (la princesse nonne)
Auteur :

Acteur, producteur, réalisateur, Hou Hsiao-Hsien, 68 ans, est le plus connu des cinéastes taïwanais. Il est l’auteur d’une vingtaine de longs métrages, dont sept ont été sélectionnés à Cannes où il a reçu le Prix du jury en 1993 pour Le Maître de marionnettes et le prix de la mise en scène en 2015 pour The Assassin. Ses films les plus connus sont Millenium Mambo (2001), Three Times (2005) et Le voyage du ballon rouge (2008).

Résumé :

Chine IXème siècle sous la dynastie des Tang. L’Empereur veut combattre des gouverneurs de province qui essayent de se soustraire à son autorité. Héritière d’une grande famille, Nie Yinniang a été élevée loin de ses parents par une nonne qui l’a initiée secrètement aux arts martiaux. Elle fait partie de l’ordre des Assassins qui l’ont chargée de tuer le gouverneur rebelle de la province de Weibo. C’est le prince Tian Ji’an qui n’est autre que son cousin, auquel très jeune elle avait été promise et dont elle est restée très amoureuse. 

Analyse :



Le film de Hou Hsiao-Hsien est pur cinéma. Le ressort narratif n’est pas ici le déroulé d’une histoire bien charpentée avec ses débuts, ses rebondissements parfois spectaculaires, et sa fin. Certains spectateurs seront sûrement désarçonnés par la complexité de l’intrigue qui ne permet pas une compréhension totale du propos, par le mystère qui imprègne certains plans ; mais qu’importe ! Mieux vaut se laisser emporter par les images. Ce film est d’une telle beauté, d’une telle puissance, est un tel plaisir esthétique que l’intrigue en elle-même passe au second plan. Le prologue commence par un noir et blanc au grain très élaboré qui permet de poser l’intrigue ; qui permet surtout de camper les deux personnages principaux de femme, la femme en noir, l’Assassin, Nie Yinniang, incarnée par la sublime Shu Qi, et la nonne qui l’a élevée, toute de blanc vêtue. Puis la couleur explose. Tout alors est œuvre d’art ; le moindre plan devient un tableau particulièrement soigné où règne l’harmonie : somptueux décors scrupuleusement reconstitués, couleurs où dominent le rouge et l’or, gestuelle des personnages, lenteur de la caméra qui se fait soudain fulgurance au moment des quelques combats. Le chatoiement des soieries, les voiles qui nimbent les scènes intimes, ou qui font apparaître des personnages cachés, révèlent la virtuosité du réalisateur et son sens aigu de la mise en scène. Le décor naturel est également filmé avec beaucoup de maîtrise : files de petits cavaliers colorés parcourant d’immenses plaines ou montagnes escarpées, le tout est d’une stupéfiante beauté, digne de la palette d’un grand maître.

The Assassin a obtenu à Cannes le prix de la mise en scène, oh combien mérité ! Les combats apparaissent le plus souvent à travers de longs travellings, derrière des troncs de bouleaux  blancs et épurés. Jeux chatoyants des lumières, lignes de fuite, inversion des échelles. La scène de la rencontre de la dame blanche et de la dame noire, au somment d’une montagne noyée dans une mer de brume restera dans les annales. On pourrait classer le film dans la catégorie des « wu xia pian », films de « chevaliers errants » ou « de sabre chinois ». Mais le réalisateur préfère aborder le genre d’une manière romantique, presque contemplative en privilégiant les longs plans séquences, les frôlements de la soie, ou les rapports entre les personnages. Yinniang n’est pas qu’une combattante très habile. C’est une femme qui a du cœur, au grand dam de la nonne qui le lui reproche à deux reprises allant jusqu’à essayer de la combattre. Ce film a été d’une maturation lente, une décennie ; le résultat est un joyau qui fera date dans l’histoire du cinéma.

Marie-Jeanne Campana