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Cinéma

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Tikkoun

(Israël, 2015, 2h)

Réalisation : Avishan Sivan - Scénario et producteur: Avishai Sivan – Photographie : Shai Goldman – Monteurs : Nili Feller et Avishai Sivan – Distribution : ED Distribution
Interprétation : Aharon Traitel (Haïm-Aaron) – Khalifa Natour (le père) – Riki Blich (la mère) – Gur Sheinberg (Yanke)
Auteur :

Avishai Sivan est né en 1977 en Israël. Il est réalisateur, artiste visuel et écrivain. Son premier long métrage, Le vagabond, a été présenté à la Quinzaine des réalisateurs en 2010. En 2015, Tikkoun gagne le prix du meilleur film de fiction à Jérusalem.

 

Résumé :

Haïm-Aaron vit à Jérusalem où il effectue de brillantes études dans une yeshiva (école talmudique) ultra orthodoxe. Ses aptitudes et sa dévotion font l’envie de tous. Un soir, alors qu’il s’impose un jeûne drastique, il s’effondre et perd connaissance. Après 40 minutes de soins infructueux, les médecins le déclarent mort. Mais son père se lance dans un massage cardiaque acharné, et, contre toute attente, le ramène à la vie. Après l’accident, Haïm-Aaron change.

Analyse :



Dans la première partie du film, le réalisateur nous montre ce qu’est la vie d’un jeune orthodoxe juif et de sa famille, son père étant chargé de l’abattage rituel des animaux selon la loi juive. Ce n’est pas une vie facile : peu de paroles, beaucoup d’étude et une séparation drastique des sexes. Quand, après une tentative d’onanisme, Haïm-Aaron s’effondre et ressuscite, sa vie change car le doute s’y est installé. Comme l’explique Avishai Sivan, ‘Tikkoun’ (en hébreu : amélioration) fait référence à une âme qui revient dans le monde des vivants afin de remédier à un problème non résolu dans la vie passée et de permettre de se racheter avant la mort définitive. « Je hais mon corps, mais j’aime Dieu », dit Haim-Aaron alors que son camarade lui fait remarquer que c’est Dieu qui a fait son corps. Cette bataille entre le corps et l’esprit va alors devenir l’obsession de ce personnage coincé entre deux mondes, celui de l’ultra orthodoxie et celui du monde réel. Pour nous faire partager l’angoisse du personnage, le réalisateur va se servir plus de la technique cinématographique que de la parole. Le film est fait d’un somptueux noir et blanc, sans bande son, et avec énormément de plans fixes rappelant la technique du cinéma muet où les personnages entrent et sortent sans que la caméra ne bouge. De plus, le réalisateur utilise le fantastique à la manière de Bunuel : apparition d’animaux improbables comme des crocodiles ou des cafards, présence obsédantes de couteaux, rêves pleins de sang et de fureur. Tout cela fait que l’angoisse du héros se transmet au spectateur qui est littéralement subjugué par l’action, même si le film est un peu trop long. Tikkoun pose des questions qui touchent l’être humain en général et qui concernent tout groupe radical, pas seulement le judaïsme et c’est, bien sûr, ce qui en fait sa force. 

Jean Wilkowski