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Cinéma

Cette rubrique est présentée par Pro-Fil

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American Sniper

( USA – 2014 – 2h14)

Réalisation : Eastwood Clint – Scénario : Jason Dean Hall, d’après l’autobiographie de Chris Kyle – Dir. Photo : Tom Stern – Montage : Joel Cox, Gary D. Roach - Son : Bub Asman, Alan Robert Murray –Musique : Joseph S. Debeasi - Distribution : Wagner Bros.
Interprétation : Bradley Cooper (Chrys Kyle), Sienna Miller (Taya Renae Kyle), Jake McDorman (Ryan job), Luke Grimes (Marc Lee), Kyle Gallner ( Winston)
Auteur :

Chaque nouveau film de Clint Eastwood est un événement qui intéresse un large public et les cinéphiles. Assez vite, il double son métier d’acteur de celui de cinéaste, pour devenir son propre producteur. Plus de 35 films de 1971 (Un frisson dans la nuit) à 2015 (A Star is born, encore en carrière américaine). Passionné par le jazz (il est aussi compositeur) et le western, qu’il juge être le fondement de la culture américaine, Eastwood est depuis quarante ans un peintre lucide et exigeant de l’Amérique.

Résumé :

Directement inspiré du livre de Chris Kyle, c’est l’histoire hors normes d’un tireur d ‘élite de la Navy (membre des SEALs) de 1999 à 2009, qui participera à la deuxième guerre d’Irak, où il se rendra à quatre reprises (de 2003 à 2009). A son actif, 160 personnes seront abattues dans des opérations de sécurisation des commandos en action.

Analyse :



La description prenante et minutieuse des combats de rue dans un Bagdad en proie au chaos est interrompue par des flashbacks (souvenirs d’enfance de Kyle, rencontre amoureuse avec sa future femme) et les quatre retours au pays grâce aux permissions. Deux séquences inaugurent le récit : celle où le tireur met en joue un homme, puis une femme et un enfant ; le souvenir d’un parcours de chasse où Chris enfant abat une gazelle en présence de son père. Nous aurons souvent un montage parallèle, comme pour mettre l’accent sur la vie ordinaire du héros au contact de sa simple vie d’homme. Car, en raison de son remarquable tableau de chasse, Kyle est vénéré par les hommes du bataillon, on l’appelle « La Légende ».

Au fond, que retenir de ce warrior présenté le plus souvent en action de « sécurisation » des soldats ? Un Américain moyen qui s’est engagé pour réagir aux attentats (des images de télé le décident à « défendre son pays » contre les « sauvages »), mais dont la conscience est remuée par le meurtre de l’enfant qui allait commettre un attentat, juste après l’exécution de sa mère. Il se souvient de la phrase de son père : « il y a trois catégories d’hommes, les moutons, les loups et les chiens-bergers ». Kyle a choisi, et même après son retour à la vie civile, il n’a aucun regret (entretien avec un psychiatre de l’Armée américaine). Mais, quelque chose dans son regard indique le contraire.

Le cinéaste, comme à son habitude, ne donne pas de jugement définitif au plan politique ou moral. Il montre, sans chercher à démontrer. Il n’y a pas de séquence finale apportant une touche conclusive, mais un carton nous apprend la fin tragique de Kyle, abattu par un ancien marine déséquilibré. Le convoi funéraire, acclamé par la foule massée le long des routes, termine le récit. Nous pourrions être dans l’ambiguïté, mais de ce film se dégage une critique de la guerre et des armes à feu. A la manière du digne successeur de John Ford : être profondément américain sans perdre sa lucidité.

Alain Le Goanvic