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Cinéma

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Tirez la langue, mademoiselle

(France / 2013/ 1h42)

Réalisation : Axelle Ropert - Scénario: Axelle Ropert - Direction photo: Céline Bozon - Son: Laurent GaNée en 1972 de parents médecins, Axelle Ropert a rêvé à 18 ans de devenir romancière. Elle a été co-rédactrice en chef de La lettre du cinéma et collabore aux Inrockuptibles . Elle a été scénariste des 4 films de Serge Bozon, père de ses deux enfants. Après le moyen métrage Etoile violette (2005) qui mettait en scène Lou Castel/Jean-Jacques Rousseau, La famille Wolberg (2009), chronique familiale inquiète et exubérante autour d'un patriarche ashkénaze, a été présenté à la quinzaine des réalisateurs à Cannes.t - Musique: Benjamin Esdraffo - Décoration: Sophie Reynaud-Malouf - Montage: François Quiquere - Production: Les films Pelleas -Distribution: Pyramide distribution.
Interprétation : Louise Bourgoin (Judith), Cédric Kahn (Boris), Laurent Stocker (Dimitri), Paula Denis (Alice), Serge Bozon (Charles), Camille Cayol (Annabelle), Jean-Pierre Petit (Max).
Auteur :

Née en 1972 de parents médecins, Axelle Ropert a rêvé à 18 ans de devenir romancière. Elle a été co-rédactrice en chef de La lettre du cinéma et collabore aux Inrockuptibles . Elle a été scénariste des 4 films de Serge Bozon, père de ses deux enfants. Après le moyen métrage Etoile violette (2005) qui mettait en scène Lou Castel/Jean-Jacques Rousseau, La famille Wolberg (2009), chronique familiale inquiète et exubérante autour d'un patriarche ashkénaze, a été présenté à la quinzaine des réalisateurs à Cannes.

Résumé :

Boris et Dimitri Pizarnik sont des frères inséparables. Ils sont aussi médecins généralistes à Paris, dans le quartier chinois du13ème arrondissement. C'est ensemble et avec passion qu'ils pratiquent leur métier, consacrant tout leur temps à leurs patients. Un jour, ils sont amenés à soigner une petite fille diabétique que sa mère, Judith, élève seule. Ils tombent tous deux amoureux de Judith. Ce coup de foudre commun va bouleverser leur vie.

Analyse :



Sentimental et romantique, à la fois gai et triste, le deuxième long métrage d'Axelle Ropert est un bijou démodé, certains diront désuet, finement ciselé ; un conte qui débusque le romanesque du quotidien et la beauté secrète diurne et nocturne du 13ème arrondissement de Paris et de ses habitants, où vit la réalisatrice et qui, dit-elle, a été peu filmé. Le sujet, qui n'est certes pas neuf, est cependant éternel et a inspiré de nombreux cinéastes : c'est une nouvelle broderie autour du triangle amoureux dont le mystère de la femme et le lien fort qui unit les deux hommes fait ici toute la singularité. Deux frères qui s'adorent mais ne se ressemblent nullement, célibataires et médecins généralistes tous les deux, habitent dans des appartements en vis à vis et exercent, de manière improbable, à 4 mains et 2 cerveaux dans la plus grande complicité et la plus authentique sollicitude vis à vis de leurs patients. Dimitri, blond, timide et rêveur, fréquente non sans raisons les réunions des alcooliques anonymes, tandis que Boris, brun, plus assuré et pragmatique, s'entraîne désespérément au ping-pong. Les deux frères prennent notamment soin d'une Zazie diabétique à qui rien n'échappe. Sa mère, une beauté épanouie et rayonnante, à la fois piquante et souveraine, qui travaille la nuit comme barmaid dans une boite de nuit, va involontairement fracasser la belle entente de Boris et de Dimitri en les tenant tous deux, comme le spectateur, sous le charme pénétrant de sa mélancolie de rouge vêtue. On aura compris que la petite musique d'Axelle Ropert est très personnelle et déploie une séduisante et convaincante variation en demi teinte sur les affects violents et fragiles qui s'échangent entre ces trois personnages généreux avec courage et humour, respect et tendresse. N'ayant pas peur des bons sentiments, mais sans mièvrerie aucune ni pathos , ce film revigorant et drôle où légèreté et profondeur se côtoient, évoque le climat tonique du Havre de Kaurismaki. Il est parfois proche aussi du cinéma d'Emmanuel Mouret et en tous cas fidèle à une certaine tradition du cinéma français d'Jean-Michel Zucker qui réussit, tel celui de Truffaut, à s'ouvrir à un large public. On en redemande !

Jean-Michel Zucker