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Cinéma

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Tout va bien, premier commandement du clown

(France 2014, 1h34) - Documentaire

Réalisation : Pablo Rosenblatt et Emilie Desjardins Directeur artistique et Ingénieur son : Pablo Rosenblatt - Monteuse : Émilie Desjardins – Direction photographie : Sylvie Petit & Thibaud Oscar – Distribution France : Coopérative Direction Humaine des Ressources.
Interprétation :
Auteur :

Pablo Rosenblatt, réalisateur et chef opérateur franco-argentin, s'est formé en France à partir de 1986. Il a travaillé surtout à des documentaires, et plusieurs de ses réalisations se sont déjà intéressées aux artistes de scène.

Emilie Desjardins, Franco-Canadienne installée à Montreuil, est réalisatrice et monteuse. Elle a une maîtrise de cinéma de Paris X Nanterre (2003, sur le cinéma documentaire). Ses réalisations avaient été jusqu'ici des courts et moyens métrages

Résumé :

Le film suit le cursus en deux ans d'une 'promotion' (tous adultes, six filles, quatre garçons) de l'école de clowns 'Le Samovar' (Bagnolet).

Analyse :



Ce documentaire attachant fait très bien percevoir ce qui semble être la difficulté principale du métier de clown : casser le moule. D'un spectacle de clown l'on peut retenir bien sûr la dimension physique de la performance – le déguisement et le maquillage, les chutes et acrobaties, les jongleries et jeux d'instruments... – mais ce qui ressort de façon impressionnante dans Tout va bien, c'est sa dimension morale : pour faire le clown, pour faire apparaître 'le clown qui est en soi', il faut jeter par dessus bord tout ce qui structure notre vie sociale et le personnage que nous croyons devoir être.

Les images témoignent que ce n'est pas facile, alors même que c'est le désir de cette rupture (momentanée) avec les lois de la vie sociale qui a motivé nos clowns en herbe. La séquence où l'on voit les apprentis-artistes, l'un après l'autre, ouvrir la porte et pénétrer dans la salle où attend le prof-clown... qui doit trouver que vous êtes drôle, hilarant, tout de suite et tout du long – en dit long sur la folie qu'il faut conquérir soudain pour être un fou assez crédible pour qu'on en rie sans réserve. Combien il est facile que cela ne marche pas... et quelle angoisse !

Les deux facettes de cet apprentissage sont aussi intéressantes l'une que l'autre. D'un côté, le travail de l'artiste et comment il doit contrôler son apparence et son comportement pour devenir un autre ; de l'autre, le combat de l'individu contre ce qu'il avait appris à être, pour acquérir ce pouvoir de dérision de soi et d'autrui qui libère les spectateurs en leur montrant les tabous brisés comme jamais ils n'oseront le faire.

Une plongée instructive dans un métier qui ouvre les portes des coulisses de ce que nous sommes dans ce monde.

Jacques Vercueil